

Photos : Antoine Jaussaud (@antoinekeynes)
Certains artistes n’ont pour objectif que ne faire que de la musique. De la musique qui fait danser, qui fait pleurer, de la musique qu’on écoute seul.e ou entouré.e de milliers de personnes, de la musique à texte ou de la musique instrumentale, de la musique qui « rentre dans les codes » ou bien de la musique qui va au-delà des critères imposés par l’industrie musicale et son public. D’autres artistes font de la musique car cette dernière remplace les actes ou les mots. D’autres artistes, encore, font de la musique tirée par les cheveux, technique presque scientifique. C’est le cas d’ABRAN, que je ne présente plus tant il a déjà été sur Musicaléomentvotre (ICI, LÀ, puis aussi À CET ENDROIT). Il y a deux ans, il sortait « Doppler », un EP qui parlait littéralement du phénomène physique du même nom et que tout le monde le connait plus ou moins, ne serait-ce qu’en entendant la sirène d’une ambulance qui se déforme selon sa distance par rapport à nous.
Deux ans plus tard donc, son nouvel EP « Vibra » vient de sortir. Lorsqu’il m’a parlé de ce projet et donc du concept derrière cette musique, en octobre dernier, je n’avais qu’une hâte : écouter les nouveaux titres et savoir ce qui se cachait derrière. Entre deux canicules, autour d’un apéro sur un balcon, on a parlé de vibrations sous toutes ses formes, de sciences et de matériaux, de légitimité et de l’appartement face mer dans lequel il a composé les cinq titres qui composent son EP.
Rencontre avec ABRAN.
15 juin 2026 − Paris 17 − extérieur jour


MUSICALÉOMENTVOTRE : C’est bon, tu es prêt? Allez.
ABRAN : C’est parti.
M : Tu sors aujourd’hui ton nouvel EP « Vibra » et la dernière fois qu’on s’est entretenu, c’était pour « Doppler ». Comment tu appréhendes cette sortie?
A : J’ai très hâte, très excité de sortir enfin de la nouvelle musique après « Doppler » qui date déjà d’il y a deux ans. Là, c’est une sortie uniquement en digital, donc ça veut dire beaucoup moins de pression que quand il y a un vinyle qu’on a envie de défendre. Sur cette sortie-là, j’avais juste envie d’être plus chill et de me concentrer sur la suite, parce que faire un EP où on met beaucoup de choses dedans avec un bel objet, comme le vinyle, ça dure longtemps. J’ai l’impression d’avoir parlé de « Doppler » pendant deux ans, ce qui m’a empêché un peu de tourner la page et de faire de la nouvelle musique. Aujourd’hui, j’ai envie de passer plus vite à autre chose (parce que j’ai encore plein d’idées de morceaux à faire derrière). En tout cas, je suis quand même super excité de ces morceaux, j’en suis trop fier.
M : Tu as composé et produit, cet EP au bord de la mer : est-ce que c’est cet environnement différent qui t’a donné l’idée d’appeler ton EP « Vibra »? Ou est-ce que tu avais déjà cette idée?
A : C’est plutôt la deuxième option : j’ai tendance à réfléchir au concept de l’EP 100% en amont avant de tout conscientiser, de tout prévoir, tout théoriser. Pour « Doppler », j’avais l’idée, les titres des morceaux et ce que ça allait raconter dans une note avant même de commencer à composer quoi que ce soit. Pour « Vibra » c’était pareil, j’aime bien fonctionner en ayant un concept vraiment hyper fort, à décliner en morceaux certes, mais aussi visuellement avec toute la pochette, la communication qui va avec. Vibra est une contraction de vibration et j’avais envie d’en parler, qu’elle soit physique ou émotionnelle d’ailleurs. Dans les grandes lignes, l’EP parle de comment la vibration peut être tant en phase que déphasée ; physiquement parlant, c’est vraiment ce qu’il se passe entre les ondes sinusoïdales. Émotionnellement parlant, on peut aussi faire le parallèle avec nos émotions, qui parfois sont parfaitement en phase (donc plutôt positives) et qui d’autrefois ne sont plus en phase (et commencent à altérer nos pensées, nos corps…). C’est dans ce contexte-là qu’on vit tous au quotidien et je me suis dit que j’avais envie et besoin de m’isoler de Paris pour composer avec la tête vide. Mon ingé son, Olivier Vasseur qui m’accompagne beaucoup, a une résidence en Corse et me l’a donc très gentiment prêté pendant une semaine ; je me suis retrouvé face à la mer pour composer en ne pensant à rien d’autre qu’à ces nouveaux morceaux.
M : J’imagine que lorsque tu es dans un processus de composition tu as peut-être plus de facilité à beaucoup réfléchir, à te poser des questions, surtout quand tu es seul. Comment as-tu géré tout ça?
A : Je suis parti avec une idée ultra définie ainsi qu’avec des contraintes techniques : je savais quel synthé, effet et plugin j’avais envie d’utiliser, ce qui me permet une fois sur place de laisser libre cours à des choses beaucoup plus imprévisibles, à la créativité, à l’imagination et à ce qui vient sur le moment. Je n’ai pas eu à vivre un truc hyper fort pour pouvoir composer ces morceaux, c’était surtout un besoin de faire une pause, de se retrouver seul, ce qui est très rare à Paris. Quand j’étais dans cet appartement en Corse et que je n’entendais rien d’autre que la mer au loin et le bruit des touches de mes synthés, j’étais dans une autre bulle : je pense que ça a aidé. Le matin, je me levais à l’heure quand je voulais et la seule chose que j’avais à faire de toute la journée, voire de toute la nuit, c’était de la musique. Du coup, tu as le temps d’y retourner, de revenir sur des détails… alors que dans mon quotidien, je ne prends pas forcément ce temps. J’ai pris le temps d’enregistrer plein de choses, certaines que je n’ai pas gardées, d’autres que je n’ai pas fait exprès de faire et finalement, j’ai gardé tout ce que j’ai kiffé.
M : Dans ton précédent EP, chaque titre avait une signification, j’imagine que là c’est pareil?
A : Effectivement, tout a une signification et un ordre logique. Les titres de l’EP suivent cette notion de vibration, qui passe de très fluide et harmonieuse à quelque-chose qui se trouble, allant jusqu’à créer des altérations. « Fluids » ouvre l’EP et peut représenter deux matériaux, deux corps ou deux âmes qui se rencontrent et qui sont parfaitement en harmonie, c’est le côté un peu positif de l’EP. « Vortex » ressort plutôt des expérimentations qu’on peut faire et vivre car je suis parti de ce constat que tout est vibration finalement : comme tout est constitué d’atomes par définition, la moindre chose de l’univers est un matériau en vibration. C’est pour ça que ce concept me fascine : pourquoi ressent-on la matière? Pourquoi existes-t-il des choses molles, dures, palpable ou impalpables? Quand tu y réfléchis, tout ça c’est aussi bien dans la matière, que dans les énergies ou dans les émotions et « Vortex », est le moment où tout commence un peu à se mélanger, quand il y a un début de trop plein (comme la vie parisienne *rires*), ou dans le cas d’une relation, c’est lorsque tout s’emballe. Ensuite, on a « Altera », quand tout est trop dense, quand tout nous énerve, nous rend triste : c’est la saturation. Dans ces cas-là, on a tendance à vouloir sortir de cette petite prison, de ce vortex et c’est pourquoi on enchaine juste après avec « Vibra », qui est un interlude, de l’ambient pure, calme, avec plus de batterie, plus de rythme. Dans l’histoire que raconte l’EP, le « Vibra » est le nom que j’ai donné à ce moment de pause qu’on recherche tous quand on est trop stimulé ; c’est le moment où on peut prendre du recul, où tout est un peu suspendu, on peut se recentrer sur nous-même, ça permet de mieux réaffronter le chaos qu’est la vie, finalement. On vit à une époque et on est une génération où tout va très voire trop vite : on reçoit toujours beaucoup d’infos, on fait beaucoup de choses, il y a la technologie, internet… globalement trop de choses pour notre petit cerveau. « Chaos » est donc le dernier et cinquième son de l’EP, qui est un chaos pas forcément incontrôlable et fatal, mais qui est plutôt un chaos à apprivoiser.
M : À la fin de « Vibra », il y a quelque-chose comme 20 secondes où tu n’as rien du tout. Au début, je me suis demandé pourquoi ce n’était pas l’outro… mais finalement, le fait que « Chaos » soit le dernier titre est logique, dans le sens ou comme tu l’expliquais, tout n’est que boucle.
A : C’est ça, c’est une manière de raconter ce cycle qui est pour moi inévitable ; ça aurait été trop beau et trop conte de fées de finir sur ce moment aussi pur. On expérimente tous un bordel constant mais on peut peut-être prendre le temps de s’écouter et de mieux affronter chaque épreuve. Aujourd’hui, dans l’industrie musicale, il y a des codes qui dictent un comportement de « il faut aller à l’essentiel, faire des titres de deux minutes, il faut que ça fonctionne sur TikTok, que ce soit joué dans les clubs… » mais avec ces moments de pause et ces silences, j’ai voulu aller un peu à contre-pied de tout ça. Par conséquent, quand le son s’arrête, il s’arrête vraiment.
M : C’est agréable de pouvoir souffler.
A : Ça permet d’avoir un petit moment de tranquillité.
M : Tu parlais un peu plus tôt de matériaux et tu as incorporé des granulés dans ta musique, c’est-à-dire du sable, du bois, des minéraux. Finalement, la limite entre artiste et scientifique est très fine, non?
A : Aaaah, ça c’est le merveilleux travail que je fais main dans la main avec Olivier Vasseur, qui m’aide à la réalisation de la technique du son sur tous mes projets, depuis mon premier EP. Quand ma note Iphone déborde, j’en parle avec lui avant de commencer les morceaux et on se demande « comment peut-on transposer ce concept qui est purement théorique au début en éléments musicaux ? ». Olivier est super fort pour aller imaginer des choses hors du commun, qui sont un peu artisanales et qui vont pouvoir être enregistrées quand même en bonne qualité. L’idée part toujours de ce concept de vibrations, donc on a enregistré de la vibration. Tout comme pour l’effet Doppler, on avait intégré un réel effet Doppler dans les morceaux. Là on a pris plein de matériaux qui existent : du bois, de la semoule, du sel, des cailloux, de l’acier et on a construit vraiment un système un peu DIY (ndlr : do it yourself), une petite plateforme sanglée à une enceinte. En balançant une grosse onde, une grosse fréquence vibratoire dans l’enceinte, la plaque vibrait alors on a disposé les différents matériaux dessus avec des micros de contact et des micros d’ambiance, puis on a tout enregistré. Avec un peu de traitement en studio, ces pistes d’enregistrement sont devenues les ambiances de texture qu’on entend sur chaque morceau.
M : Donc Olivier était là dès le début?
A : Absolument, on a commencé par ces enregistrements, c’était la matière première. On a enregistré les matériaux en vibration sans savoir vers quoi on allait. Après j’ai composé autour de ces enregistrements et j’en ai extrait des petits bouts de quelques secondes et des bouts de plusieurs minutes ; c’est devenu mon pack de bruits de percussions et de textures. Je suis parti m’isoler en Corse pour faire la deuxième étape, qui était rajouter de la musicalité par-dessus et trouver des idées de morceaux. Après cette semaine face à la mer, je suis revenu chez Olivier et on a tout assemblé et mixé à Angers. Pour pousser ce truc de recherche un peu technique, un peu scientifique comme tu dis au début, on s’est dit que ce serait cool de pouvoir ressentir la vibration dans l’espace, ce qui nous a poussé à faire un mix en Dolby Atmos, la technologie qui permet d’entendre le son de manière spatialisée tout autour de la tête.
M : C’est un travail d’équipe finalement.
A : C’est un vrai binôme aussi bien techniquement qu’humainement, c’est quelqu’un d’hyper précieux pour le projet ABRAN.
C’est en partie grâce à Olivier que j’ai pu réaliser cet EP.

Photo : Margot Trovo (@margot_ov)
M : En écoutant l’EP, on reconnaît évidemment la patte ABRAN, mais je me dis que pour créer ces nouvelles textures, tu avais peut-être échangé avec des gens pour définir ce terme qu’est « l’émotion ». Est-ce que le monde extérieur a, dans un certain sens, contribué à la création de « Vibra »?
A : C’est une bonne question, je n’y ai jamais réfléchi donc ma réponse sera surement la plus spontanée , mais je pense que non *rires*. C’est-à-dire que oui, il y a forcément des choses extérieures qui jouent un rôle à un moment donné, mais je pense plutôt à des artistes ou des albums que j’ai écouté récemment qui m’ont touché et donc influencé indirectement. J’ai toujours mes idoles tels que John Hopkins ou Max Cooper, qui font des prods électros très riches et qui ont eux aussi cette casquette de geek de la musique, qui vont triturer les logiciels dans tous les sens pour sortir des sons un peu bizarres, qu’on n’a jamais entendu ailleurs. Donc ça oui, ça m’inspire beaucoup artistiquement.
Sur l’approche plus émotionnelle, je trouve que je suis plutôt solitaire. J’ai une vie sociale très riche, je vis à Paris et je vais en soirée, mais artistiquement parlant je réfléchi assez seul, d’où l’isolement en Corse et le fait de maturer un peu les concepts avant de faire la musique. D’ailleurs, j’aime trop le fait d’être solo car c’est peut-être le truc qui me fait avoir une patte reconnaissable, comme tu dis, ce qui n’est pas forcément contrôlé d’ailleurs, mais tant mieux si ça se retranscrit. Ma musique est instrumentale, donc sans forcément de message direct et je pense que j’ai joué des choses de manière très naturelle et ait été beaucoup dans l’introspection pour créer ces morceaux.
M : Mais cette introspection est finalement hyper communicative ! De l’extérieur, en écoutant l’EP, je trouve qu’on arrive très bien à percevoir ce que tu cherches à raconter.
A : C’est super d’avoir ce retour, ce n’est pas forcément quelque-chose qui est mesurable donc tu m’apprends aussi quelque-part que ça fonctionne, c’est très cool. C’est nouveau pour moi parce que j’ai toujours assumé le fait d’aimer ce côté scientifique et technique dont on parle depuis tout à l’heure. Mais pour moi c’est aussi une grosse carapace car je ne chante pas et que je n’ai pas un instrument de prédilection. C’est assez compliqué pour les artistes comme ça et c’est aussi très propre à la musique électronique ; j’ai toujours un peu complexé là-dessus en me demandant « comment faire pour transmettre des émotions sans mon grain de voix, tout en faisant en sorte que les gens arrivent à s’identifier? ». Sur mes précédents EPs, pour pallier ce complexe-là, je me disais que je devais faire des sons très techniques. Certes, il y aura moins d’émotions dans les morceaux, mais il y aura de la technique un peu plus impressionnante. C’est comme ça que j’essaie de me cacher finalement. Sur « Vibra », je me suis dit qu’il fallait que je me détache de ça et super si ça fonctionne! Dans ces morceaux, il y a aussi beaucoup d’images celles que j’avais dans la tête : des vibrations, des voyages, des rencontres, d’où le parallèle entre la vibration physique et émotionnelle. Au début je me suis dit que j’allais faire un EP sur la vibration plus dans le sens du terme physique (les ondulations, les sinusoïdes, les machines de geek…). Bon, ce sont des termes compliqués, mais j’adore *rires*. Finalement je me suis rendu compte que je pouvais aller beaucoup plus loin, car la vibration s’applique aussi aux relations, aux rencontres, à la vie sociale, aux sentiments. Je me suis dit que même sans être pianiste, je pouvais mettre du piano sur un morceau, comme sur « Chaos » qui est fait d’accords simples mais avec un grand piano tout du long qui pose vraiment la base du morceau : c’est ce qui le rend un peu touchant. Dans « Vibra », il y a des violons virtuels qui rajoutent de l’acoustique, des textures un peu plus organiques et de l’humain, finalement. Donc j’imagine que c’est ça qui touche un peu plus les gens et je suis très content si ça créer des trucs dans les oreilles et dans les cerveaux.
M : J’aime bien ce terme de créer des trucs dans les oreilles et dans les cerveaux parce qu’en réalité, c’est parfois comme ça que parlent les génies un peu incompris… comme toi *rires*.
A : *rires* Je pense que ça vient de ce truc de complexe de légitimité. Pendant très longtemps, je ne me suis pas dit, « je suis musicien », ce n’est pas mon métier principal donc je fais de la musique sur mon temps libre. Alors, j’ai toujours un peu ce truc de « bon, je produis de la musique électronique, mais peut-on dire que je suis vraiment musicien? » J’ai donc pris le contre-pied d’être le petit geek de la technique musicale et des logiciels et finalement… je me suis découvert une vraie passion! J’ai diggé à mort et j’en suis trop content, ce qui me fait revenir petit à petit sur mes complexes : je me dis qu’on peut allier deux mondes. Maintenant que techniquement je suis capable d’aller explorer des trucs un peu bizarres, j’adore trouver le mélange, le calcul parfait et ça sonne comme la musique la plus jolie possible. C’est ce que j’aime faire aujourd’hui.
Je voulais encore plus toucher les gens avec ma musique et c’est passé par des trucs concrets, qui sont des détails, mais qui font toute la différence.
M : Je connais ton amour les beaux visuels : parlons donc de cet artwork (qui est un de mes préférés).
A : Et bien dans la continuité logique de mes fameux concepts *rires*, je me pose à chaque fois la question de « comment transposer tout ça visuellement? ». Pour l’effet Doppler, que tout le monde connait normalement, cet effet de la sirène d’ambulance qui passe dans la rue et qui se déforme, je me suis rendu compte qu’il concernait toutes les ondes mécaniques. En physique, les ondes mécaniques sont sonores, certes, mais aussi lumineuses. C’est ça qui était fou, d’apprendre que cet effet était aussi le fait d’avoir des couleurs plutôt chaudes ou froides, selon si l’objet s’éloigne ou se rapproche de nous, comme les étoiles qu’on voit un télescope, par exemple. Sur cette même base de réflexion, « Vibra » donc la vibration, c’est devenu naturellement comme un concept où je savais que je pouvais le décliner visuellement. Les vibrations pouvaient être des sinusoïdes, des graphiques, des tremblements, plein de choses comme ça et m’est venue l’idée de comment représenter visuellement les fréquences sonores (c’est à ça que sert un spectrogramme). À partir de là, j’ai voulu faire quelque-chose de simple mais efficace et qui correspond parfaitement à ce que je veux. J’ai ouvert Audacity, mis les morceaux achevés dedans et j’ai sélectionné la vue des morceaux en mode spectrogramme. J’ai mis ça en grand écran, fait une capture d’écran et ciao! Cette capture m’a permis d’avoir une couleur différente par single et une finale pour l’EP. Quand j’ai trouvé ça, je me suis dit « putain c’est une trop bonne idée, c’est efficace, il n’y a pas besoin de se prendre trop la tête » ; il y a une cohérence entre toutes les sorties et l’EP et ça correspond vraiment au schéma de spectrogramme des sons en question, donc ce n’est même pas de la triche.
Ce qu’on voit visuellement sur chaque artwork, c’est littéralement le son en image.
M : Comme quoi c’est réfléchi mais simple.
A : Voilà. J’aime le fait d’avoir un concept fort à décliner. Je vais d’ailleurs garder cette recette pour le prochain EP…
M : Et tu as déjà une idée de ton prochain concept tiré par les cheveux?
A : La note iPhone est remplie *rires*. Tout est théorisé et je peux déjà te dire que ça va traiter du silence. Voilà, je n’en dis pas plus pour le moment.
M : *rires* Comme les « Sounds for sleeping »?
A : Il y a de l’idée… En tout cas, il y a un truc à voir avec la musique ambiante que j’ai un peu déjà initié avec cet EP. Mais je crois que j’ai envie de faire de plus en plus d’ambiance en termes d’esthétique, on va aller plus vers ça maintenant.
M : Et j’ai une dernière question. Quel est le morceau que tu as écouté qui t’a fait le plus vibrer ?
A : C’est une très bonne question.
JOFFREY (qui nous écoute depuis 45 minutes) : Moi, je ne pourrais pas y répondre.
A : C’est hyper dur de n’en choisir qu’un, il y a plein de morceaux qui m’ont fait vibrer. Mais je me souviens de la première fois que j’ai écouté « Emerald Rush » de John Hawkins. Je pense que ça, c’était une belle claque où je me suis dit, « nous ne sommes pas obligés de faire de la musique électronique conventionnelle, on peut très bien faire des morceaux qui durent 1 ou 17 minutes. Ça peut avoir une structure complètement bizarre, être beau et ultra touchant ». Je pense que c’est un des premiers artistes que j’ai catégorisés comme étant « chelou », mais c’est pas du tout péjoratif. D’ailleurs, John Hopkins est un mec qui produit des albums pour la science aussi ; un des derniers avait pour but de soulager les gens qui souffrent de troubles psychédéliques, donc c’est un album qui est passé dans des asiles ou des hôpitaux spécialisés. Depuis, il y a eu des études qui prouvent que ça calme vachement les comportements impulsifs ou schizophrènes, entre autres. Cette approche de la musique, c’est vraiment une passion à part entière, je pourrais passer ma vie à faire ça si j’en avais le temps et l’opportunité. Je pense qu’une fois que tu plonges la tête dedans, c’est dur d’en ressentir parce que tu apprends tout le temps. Regarde ces gens qui voyagent, qui vont puiser l’inspiration ailleurs : je pense à Rone qui sort son album « Megaptera » avec le chant des baleines et qui voyage pour enregistrer des cultures différentes. Voilà.
Aujourd’hui, je ne veux pas juste faire de la musique pour faire de la musique, je veux que la musique m’apporte des rencontres, je veux voyager pour créer de nouvelles choses, autrement.
M : Merci ABRAN.
A : Merci à toi, c’était très cool.
JOFFREY (toujours là) : Je n’ai rien dit pendant une heure, j’ai trouvé ça hyper intéressant.
M : Et ça nous fait une très belle matière à derusher *rires*.

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