[INTERVIEW] Oscar Anton « Je pense avoir été tellement frustré de ne pas pouvoir sortir de musique pendant ces quelques années que j’avais besoin de faire l’inverse »

L’artiste français Oscar Anton s’est lancé dans un projet fou cette année, en décidant de créer et de partager de la musique chaque mois. Le concept ? Dévoiler trois titres inédits dont un bonus entre le mois de janvier et le mois de décembre 2020. Nous avions donc rendez-vous sur toutes les plateformes et sur les réseaux sociaux d’Oscar tous les derniers vendredis du mois pendant douze mois pour découvrir ses titres, de la manière la plus spontanée qu’il soit. Home of Sanity, c’est le nom de ce projet qui nous a accompagné pendant cette folle année, durant laquelle la musique était une chose, ou que dis-je, un art indispensable. Rencontre avec Oscar Anton, et retour sur son parcours.

Salut Oscar, peux-tu te présenter à ceux qui ne te connaissent pas (encore) ?

Salut ! Je m’appelle Oscar, j’ai 24 ans et je fais de la musique. Je fais à peu près tout depuis mon studio (qui est aussi ma chambre btw), de la composition à l’enregistrement, production et création des visuels. Le confinement fait partie de ma vie depuis un petit moment finalement.

On dit que nos goûts musicaux sont parfois le reflet de ce que nous écoutions plus jeunes. Quel est ton rapport à la musique et comment penses-tu que ton entourage a pu t’influencer musicalement parlant ?

Yes c’est certain ! J’ai grandis en écoutant les disques de mes parents. C’était surtout de la musique internationale, genre Bob Marley, Robbie Williams, U2, Coldplay, James Morrison. On ne regardait pas beaucoup la télé mais on écoutait beaucoup de musique à la maison. J’ai toujours été fasciné par les émotions que pouvaient transmettre les mélodies, sans même comprendre un mot j’avais l’impression qu’on me racontait une histoire. Hyper naturellement j’ai voulu en raconter moi aussi par la suite.

Avec du recul et de l’expérience, comment est-ce que tu caractérises ta propre musique ?

Je crois que je fais de la pop au sens très, très large haha. J’essaye de ne me limiter à rien, je pense que j’ai tellement à apprendre et à découvrir que je ne vois aucun interêt à me cantonner à un style en particulier. Cette année, j’ai été inspiré par du jazz, de la bossa- nova, de l’électro, de la soul et cinquante autres sous genres. Tant que la chanson me touche j’en suis fier, peu importe l’orientation artistique de celle-ci.

Après avoir été signé pendant trois ans chez Polydor, tu as décidé de te lancer en indé. Pourquoi avoir fait ce choix ?

Encore une fois, je pense tirer un vrai apprentissage de ces trois années. J’ai signé en label à 19 ans, avec quelques chansons seulement dans mon ordinateur. Je pensais qu’avec des équipes et une organisation, tout irait beaucoup plus vite ; ça a été le contraire. Les grosses maisons de disques ont beaucoup d’artistes, énormément de projets à gérer et lorsqu’on arrive, on n’est pas la priorité. Il fallait toujours attendre quelqu’un, quelque-chose, le bon moment… Je voulais apprendre, composer, me tromper, avancer, mais je n’avais pas cette liberté. J’ai donc décidé de quitter le label, et de tout gérer seul. Cette fois-ci, succès comme échecs, je serais seul responsable.
Enfin, au delà de cet aspect organisationnel, je n’étais pas du tout d’accord avec la stratégie du label, pour moi en retard sur la consommation de musique actuelle. Ma génération et de plus en plus celle de nos parents, a adopté la digitalisation. On écoute notre musique sur les plateformes de streaming, réseaux-sociaux… et la stratégie doit se faire dans ce sens. Les statistiques d’écoute sont disponibles en temps réel et impliquent des décisions ultra rapides, difficiles pour d’anciens modèles.

Tout ça pour dire que maintenant, je fais un peu ce que je veux… haha.

Penses-tu alors que le fait d’être dans une Major peut « imposer » des limites dans un processus de création ?

Ça dépend évidemment du label, certains l’ont très bien compris mais d’autres peinent encore, surtout en France.
En tant qu’artistes, nous ne sommes plus limités au format d’album ou EP pour sortir notre musique, le streaming nous permet par exemple de sortir des titres quand on veut, sous n’importe quelle forme. Et je pense que de la même manière le public est en train de changer sa façon d’écouter et suivre les artistes. Lorsqu’on me demandait de patienter six mois avant de sortir un nouveau titre pour que les radios aient le temps de le diffuser, j’ai sorti trois titres par mois sur toute l’année 2020. Grâce à ça, j’ai multiplié par 70 mon nombre d’auditeurs mensuels sur Spotify (eheh).

Tu t’es donc lancé un challenge cette année : celui de sortir un pack de trois titres dont un bonus tous les mois. Peux-tu nous parler de ce projet ? Comment est-ce que cette idée t’est venue ?

Je me suis lancé dans ce projet en sortant du label justement. Je me suis dis « quelle est la façon la plus spontanée de sortir ta musique, et qui te poussera à découvrir un maximum de choses ? ». Projet hyper dur, tellement de travail et très peu de sommeil mais fier de l’avoir accompli jusqu’au bout. Je pense avoir été tellement frustré de ne pas pouvoir sortir de musique pendant ces quelques années que j’avais besoin de faire l’inverse, de tout donner chaque mois, seul, depuis ma chambre.

Sur certains titres (Nuits d’été et Reflet), on peut d’ailleurs entendre ta soeur, Clémentine. Pourquoi était-ce important qu’elle chante avec toi ?

Ça s’est fait vraiment naturellement. Je ne savais pas qu’elle voulait chanter jusqu’au début de cette année, où elle m’a envoyé un mémo vocal avec le début d’une chanson. Avec le confinement, on s’est retrouvés chez nos parents et avons terminé le titre. Comme j’étais en plein dans mes sorties chaque mois, ça nous faisait une super excuse pour sortir le titre sur un des packs. Voilà, c’est tout haha, on voulait que ça soit le plus spontané possible. Je suis hyper content de ces chansons, Clémentine compose des choses magnifiques et tellement différentes de ce que j’ai l’habitude de faire. Ça me permet de me mettre un peu en arrière, et d’essayer d’être au plus proche de ses goûts et sa vision des chansons, c’est cool !

Tu as également fait un feat avec Esken (L’Ange passe), qui est un peu plus sombre si je peux me permettre. Peux-tu nous parler de cette collaboration ?

Haha tu peux te permettre. Je voulais vraiment faire une collab’ avec un rappeur cette année, encore une fois pour essayer quelque-chose de nouveau. J’ai composé cette chanson sans vraiment savoir comment l’aborder, et j’ai entendu les titres d’Arthur (Esken) quelques temps après. J’ai trouvé ses textes, sa façon de poser ses mots et sa voix vraiment singulière, je lui ai envoyé le titre et ça a donné L’ange passe. On s’est retrouvés en studio (dans la chambre d’un pote) ensuite pour la terminer. C’est un mec super cool et vraiment talentueux. Je crois qu’il sort un titre par mois cette année donc force à lui, il le mérite !!

J’ai pu lire que la musique était le vecteur de toutes tes émotions. Comment te sens-tu justement face à la crise que nous vivons depuis un an ?

Comme tout le monde je pense, il n’y a pas de bonne façon de l’aborder. Je pense qu’on fait comme on peut, on essaye de trouver refuge dans ce qui passionne, ceux qu’on aime. C’est comme si le temps était un peu mis sur pause, donc autant le voir comme une opportunité de rectifier deux / trois trucs, changer de trajectoire si besoin. La solidarité se fait sentir je trouve, et ça c’est chouette.

Pour conclure et en espérant que la situation évolue dans les prochains mois, quelles sont tes espérances, tes attentes, tes objectifs concernant ta musique et à la vie post- covid ?

Hahaha tu sais quoi, je n’en sais rien et on verra bien. Le seul objectif est de rester aussi spontané car c’est comme ça que je me sens le mieux. Ce qui est certain, c’est que je vais continuer à faire et sortir de la musique autant que possible car c’est ce que j’aime le plus. J’ai quelques objectifs en tête hein, bien sûr, mais je les garde pour moi haha.

Merci les gars, à très vite !

Merci à Oscar et à Camille (La Mission) pour le temps consacré à cette interview

[INTERVIEW] Ellinor aime le rock kitsch et les amours déçus

Elle a vingt ans et nous vient tout droit de banlieue parisienne. Armée de sa guitare, de sa palette d’influences et de sa tendre voix, cette chanteuse a sorti récemment son deuxième single / clip.

Pour cette occasion, Ellinor a accepté de répondre à quelques questions.


 

Musicaléomentvotre : Quel rapport avais-tu avec la musique étant plus jeune ?

Ellinor : J’ai toujours aimé les arts, j’avais un goût plutôt prononcé pour faire du spectacle déjà très jeune. Je me suis intéressée petit à petit à la musique pendant l’adolescence, ça a commencé vers mes onze / douze ans en voyant un de mes cousins se mettre à la guitare. On essayait d’écrire des chansons ensemble mais c’était pas toujours terrible !

Comment as-tu commencé à faire de la musique ?

J’ai commencé à faire de la musique un peu par-ci par-là avec mon cousin mais je m’y suis réellement mise vers quatorze ans en récupérant une vieille guitare classique abandonnée dans un placard qui était à mon oncle. À cette époque là, j’écoutais en boucle des groupes de rock un peu kitschs et j’adorais ça (j’adore encore, mais chut).
L’envie d’écrire des chansons est venue très vite, dès les premiers accords que j’apprenais au fur et à mesure.

Quelles sont tes influences, et comment se reflètent-elle dans ce que tu fais ?

Actuellement, mes principales influences sont évidemment des “classiques” de la folk comme Bob Dylan, Johnny Cash, Joan Baez dont j’aime tout particulièrement le travail et dont je m’inspire beaucoup. Il y a aussi d’autres artistes, comme Agnes Obel (que j’adore !), Stu Larsen a aussi un univers qui me plait beaucoup.
En fait… la liste serait un peu trop longue !

Quel est ton genre de musique prédominant ? Comment a-t-il un impact sur toi ?

J’écoute beaucoup de folk évidemment, ce qui m’inspire beaucoup au niveau des textes. Il est toutefois vrai que j’ai un énorme faible pour la soul et le rythme & blues des années 60 et 70. Nina Simone et Etta James sont des figures que j’admire tant pour leur grain de voix que pour l’âme qui est mise dans les chansons qu’elles ont composés et interprétées.

Tu as écrit plusieurs singles il y a quelques mois.
Quels messages souhaites-tu délivrer à ton public ?

C’était des petites démos sans grande ambition. Un peu comme un journal intime, au fil des semaines du mois de janvier. J’y ai abordé les thèmes de l’insomnie, de la famille et de la nature.
Je les écrivais et composais vraiment sur le coup, sans grande prise de tête, donc ce sont vraiment des chansons sincères.

Il y a un mois, tu as sorti ton premier clip By the Seaside. Peux-tu nous parler de ce dernier ? Comment as-tu procédé pour le réaliser ? 

By the Seaside est un clip 100% fait maison ! Mon petit-ami et partenaire musical, Dylan Gorini, et moi l’avons filmé en une après-midi dans Paris.
C’est un clip que j’affectionne particulièrement parce que c’est mon premier, évidemment, et surtout parce que je l’ai voulu le plus simple et le plus sincère possible. Je trouve que nous y sommes arrivés.

Qu’est-ce que ça fait de mettre sa chanson en image ?

C’est assez drôle ! On a quand même eu de bons fou rires sur certains plans… Surtout que je n’avais pas du tout l’habitude et que sur certaines prises (qu’on n’a pas gardé du coup) ça se voyait BEAUCOUP.
Voir le “produit fini” m’a fait drôle, j’avais du mal à me dire que le clip était fini et que des gens allaient le regarder ! Mais j’étais très contente du résultat.

Tu sors un cover par jour sur Instagram depuis près d’une semaine.
Pourquoi cette envie de reprendre des titres mythiques tel que Lady Marmalade ?

Faire ces petites covers, je le prends comme une opportunité de faire quelque chose qui sort de mes habitudes et c’est donc pour cela que j’ai choisi Lady Marmalade et Break up with your girlfriend i’m bored qui sont deux chansons éloignées de mon univers habituel ! Quant à Strange Fruit, c’est une chanson que je connais depuis quelques années, que je trouve magnifique et qui me déchire le coeur chaque fois que je l’écoute.
Suite aux évènements récents de violences envers des personnes noires à travers le monde, je me sentais un peu déboussolée. Je trouvais ces actes de violence inhumains et je ne savais pas vraiment comment montrer et apporter mon soutien au mouvement Black Lives Matter.
Quand je suis émue je ne suis pas forcément très douée avec les mots et c’est pour cela que j’ai décidé de reprendre cette magnifique chanson, en plus d’encourager les gens à se renseigner !

À l’heure où nous discutons, un nouveau single / clip s’apprête à sortir, celui de Bartender.
Peux-tu nous parler de ce dernier ?

Parfois quand j’écris une chanson, elle parle de mon expérience personnelle ou de mes sentiments, mais ça arrive aussi qu’elles racontent tout simplement des histoires que j’imagine. En fait, je m’invente un peu des vies en écrivant des chanson hahaha.
C’est le cas avec Bartender. J’aime beaucoup les chansons d’amour déçues et c’est comme ça que je l’ai écrite. Les paroles et la mélodie me sont venues assez naturellement, je devais avoir cette histoire de femme qui se plaint au bar dans un coin de ma tête depuis longtemps !

Le titre est aussi agréable à écouter qu’à voir. Pourquoi as-tu choisis de jouer la simplicité pour Bartender

Tout d’abord, merci beaucoup,  ça me fait très plaisir de lire ça ! Je suis toujours d’avis qu’il vaut mieux faire beau que compliqué, et il s’avère qu’on a tourné cette petite vidéo en temps de confinement donc les options étaient limitées.
On avait ce beau cadre à disposition, alors pourquoi ne pas chanter devant ce joli champs ? J’avais aussi envie qu’en regardant la vidéo, on écoute avec attention l’histoire qui y est racontée, donc ces deux facteurs combinés, ça donne la vidéo de Bartender que l’on connait !

Malgré la crise du Covid-19 as-tu de nouveaux projets de prévu ?

Cette crise a été déstabilisante, bien sûr, mais l’EP ne saurait tarder.
De plus, je continue d’écrire plein de nouveaux morceaux donc il y a encore des chansons à venir !

J’espère de tout coeur que ce morceau saura vous faire voyager et je vous dis à très bientôt !  – Ellinor

56757294_831208497247377_4689662854788284416_n

[INTERVIEW] Mais qui sont les deux frères de Terrenoire ?

Apparu au milieu de l’hiver 2018, Terrenoire c’est avant tout un village-lotissement à l’orée de Saint-Etienne d’où les frères Raphaël et Théo sont originaires.

Découverts sur la scène de l’EMB à Sannois à l’automne 2018 lors de la première partie du mythique groupe Feu! Chatterton, Musicaléomentvotre suit depuis ce jour Terrenoire de très près.

Aujourd’hui, ils ont accepté de répondre à quelques questions, pour notre plus grand plaisir.


  • Musicaléomentvotre : Bonjour, pourriez-vous vous présenter ? Qui êtes-vous, d’où venez-vous, et que faites-vous ?
Raphaël répond
Nous sommes Raphaël et Théo, frères de sang, on a monté le groupe Terrenoire ensemble.
On a choisi le nom du quartier où nous avons grandi, c’est à Saint-Etienne.
J’apporte principalement les textes et les débuts des chansons. Théo est lui, le producteur de notre musique. Le grand orchestrateur sonore.
Cela dit, dans le prochain disque, il y a une géniale chanson qu’il a fait seul. Il n’y a pas d’architecture fixe, on apporte des idées et on tente de voir si ça colle avec ce qu’on veut raconter, avec l’imaginaire du groupe.
  • Quel est votre rapport à la musique ? Quand est-ce que vous êtes tombés dedans ? 
La musique c’est une histoire de famille, notre oncle est musicien. J’ai longtemps fait de la musique avec lui, puis avec mon grand frère. Ensuite on a commencé à travailler avec Théo.
La dimension familiale, ça a toujours rendu la musique accessible, l’exemple de quelqu’un qui créer dans la chambre d’à côté, ça rend les choses possibles, d’avoir le mystère à portée de main, d’avoir les instruments qui attendent, d’avoir quelqu’un qui peut vous apprendre.
Il se transmet plein de choses entre les êtres, à travers la musique, c’est une manière de vivre, de se retirer du monde, de trouver une identité qui nous est propre.
  • Qu’est-ce qui vous inspire, vous influence ?
Je crois que pour créer, il faut être inspiré par quelque-chose qu’on veut reproduire. La musique, les films, les livres, les histoires d’amour, tout ce qui créer une vibration intéressante.
L’art rend accessible les émotions, par un langage ou un mode d’expression. Cette chose qui nous parvient, étrangement, elle vient nous renseigner sur quelque-chose qui était déjà là, en nous, mais comme endormie depuis toujours. Ce qui nous influence vient réveiller en nous ce qui était latent.
Au début, les premières créations sont des copies maladroites des influences, tout le jeu est de s’en affranchir, de détruire l’enveloppe, de ne conserver que l’émotion de l’œuvre, le langage caché à l’intérieur de cette énergie qui nous a plu.

  • Quel est votre parcours musical et artistique ?
En 2017, on a démarré par des tremplins, en envoyant nos quelques maquettes. On s’est retrouvés à être prix du Jury des Inrocks en 2018. La même année on a été Inouïs à Bourges, il y a des gens qui nous ont vu, des tourneurs et programmateurs.
Ça nous a permis de faire une grosse tournée en 2019, beaucoup de concerts, beaucoup de rencontres. C’était vraiment un des meilleurs moments de notre vie. On a hâte de pouvoir démarrer à jouer à nouveau.
  • Vous considérez-vous comme étant plutôt chanteurs, ou poètes des temps modernes ?
Je ne sais pas trop quoi faire du mot « poésie ».
La poésie, c’est une chose qui s’envole quand on l’appelle… Ça doit être pour ça que je n’aime pas trop ce mot. Je ne sais pas comment répondre… C’est peut être un mot qui est trop petit pour ce qu’il veut contenir.
Quand on appelle Poésie une oeuvre, c’est qu’on a déjà tué sa liberté en la découvrant de médailles.
Je pense que ceux qui vivent en poètes, sont ceux qui vivent sans pouvoir mettre de peau de protection entre eux et le monde.
Comme c’est impossible tout le temps, soit ils deviennent fous, soit ils vivent parmi nous en prétendant être normaux. Les poètes sont des clochards. La poésie, le reflet d’un monde plus vaste, inexistant. J’en sais rien…
  • Et d’ailleurs, comment est-ce que vous caractérisez votre musique ?
Notre musique est bien la notre quand elle est maladroite, d’un goût douteux ou resplendissante. Nous souhaitons affirmer une forme de singularité, une bizarrerie non-feinte.
Nous sommes à l’affut du somptueux et de ce qui est un peu boiteux dans la vie.
J’espère, qu’avec le temps, notre musique perdra toute coquetterie et de plus en plus ses attaches avec ce qui ne compte pas.
  • Quelle est la chanson qui vous tient le plus à cœur ? Et parmi celles que vous avez écrites ?
J’aime bien retrouver les chansons sur scène. Le seul endroit où je les entends, c’est quand elles sortent de ma bouche. Ça reviendrait à dire  « Est-ce que tu aimes t’entendre parler ? », ce à quoi je répondrais « Seulement si ça semble agréable pour mes interlocuteurs ».
J’aime les chansons que les gens aiment. Je juge en temps réel, à l’applaudimètre.

  • Quel(s) message(s) souhaitez-vous faire passer à travers vos chansons, mais également à travers vos clips ? 
Qu’il faut savoir se pencher sur ce qui est fragile, imparfait. Que la beauté est ce qui nous réunit et nous élève, qu’il faut la sauver. Qu’il faut chérir la vie et chérir la mort.
  • Comment arrivez-vous à faire en sorte que votre public arrive à se reconnaitre aussi bien dans vos textes, votre musique ? 
Nous avons l’impression d’être aux balbutiements de notre rencontre avec les gens.
Mais pour le peu que j’observe, je crois que les gens comprennent et apprécient que nous leur parlions sincèrement. Ils entendent, j’espère, que notre idéal se tient à côté d’une île de pureté, inatteignable évidemment. Sisyphe, la pierre, tout ça.

Dans « Baise-moi« , nous avons essayé d’enlever les caches, les fleurs et tous les détours qu’on utilise habituellement dans les chansons pour parler de sexe et d’amour. On a voulu parler des choses telles qu’elles sont, telles qu’on les ressent, et d’y aller au désherbant. »
  • Pouvez-vous nous parler de « Baise moi », votre dernier titre ? 
« Baise-moi » est le premier extrait de notre album. C’est un titre fulgurant, très court.
Il parle de sexe, de désir. Nous avons voulu faire en sorte de trouver de l’élégance dans une forme d’irrévérence, avec des mots crus. De pouvoir parler d’amour d’une autre manière.
  • Vos « Journal de bord » ressemblent à des interludes. Que souhaitez-vous raconter, partager à travers ces textes ?
Ce sont des photographies de là où nous en sommes, en effet. Ils nous permettent de partager avec les gens ce que nous créons d’une autre manière qu’avec les chansons.
Une voix off, des images que nous tournons.
Il s’agit de composer avec le réel, de ne pas vouloir le laisser tel quel. Nous cherchons en permanence à lui tordre le coup, à le rendre plus vivable. Ce sont des capsules qu’on laisse derrière nous, comme les pierres du Petit Poucet.
Nous verrons à la fin ce que nous avons traversé du haut de notre Paradis Noir.
  • Mon préféré est probablement celui sur « La Peur ». Qu’est-ce que La Peur chez un artiste ? Comment la surmonter, et l’utiliser pour créer ?
La peur, c’est le moteur. Pour qu’il y ait courage, il doit y avoir une force contraire, en l’occurence la peur. La peur est l’amie du courage, alors. Le courage est la vertu inaugurale et principale de l’amour. Ce n’est pas moi qui le dit c’est Vladimir Jankélévitch.
Il faut sans cesse cercler la peur, lui donner une forme pour pouvoir la transformer en énergie. L’image de l’Epouvantard chez J.K Rowling est excellente pour ça.

  • Vous êtes un duo qui voit sa communauté grandir, notamment grâce à internet. Pensez-vous qu’il est important d’être présent sur les réseaux sociaux pour toucher un plus large public ?
Oui, nous commençons à avoir pas mal de gens qui nous suivent. Nous ne sommes quand même pas des influenceurs de l’Insta-game.
C’est important oui, parce que c’est un lien direct et privilégié avec chacune des personnes qui nous suivent. On essaye d’être assez présents.
Mais c’est difficile de ne pas donner trop d’importance à cet outil. Je pense que globalement, on passe trop de temps sur les réseaux.
Pour l’image, je ne crois pas que le live confiné, comme il en fleurit depuis quelques temps, puisse remplacer une seule seconde le concert. J’aspire à une vie où on pourrait se passer un peu plus des machines. Où on regagnerait un peu plus nos corps, le mouvement véritable.
  • Et qu’en est-il du streaming ? 
Le streaming est l’océan de la musique du monde, elle associe physiquement la production phonographique avec l’ordinateur ou nos téléphones. La musique est désormais, pour la plupart des gens, un produit dématérialisé. Elle n’est plus trop liée à la matière humaine qui l’a créé.
J’aime plein de chansons, dont je ne connais pas vraiment le nom de l’artiste, je ne connais pas son apparence, son histoire, le reste de son travail. Je m’y intéresse quand quelque-chose me tape vraiment dans l’oreille.
Cette paresse qui emmène le produit artistique jusqu’à la bouche des gens, Netflix, Youtube, toutes les plateformes, nous permettent de tout découvrir pour le curieux, pour le passionné.
Mais bien souvent, on mange ce qu’on nous met dans la bouche. C’est une image un peu dystopique qui me dérange. Mais soyons sérieux. Je suis, comme plein de gens, responsable de ma manière de consommer de la musique et des films ; il m’est possible d’utiliser ces outils à meilleur escient.
Ça ne m’empêche pas d’avoir peur d’un certain conformisme culturel, que la paresse des curiosités soit grandissante.
  • Quelle est la prochaine étape ? Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour le futur ? 
On peut se souhaiter un regain d’espoir, de rester proche de la beauté, d’entendre la fragilité, de la laisser s’exprimer librement. De réussir la sortie de notre album. Que les gens entendent la vérité qu’on a mis à l’intérieur.
Souhaitons nous tous le retour du spectacle vivant, de toutes sortes et de toutes formes. Que la paroles des plus fragiles, des opprimés, des minorités, se fasse plus fortes.
Que les gens s’arment d’intelligence, que nous nous intéressions autant à la solidarité qu’au profit, qu’on se laisse la chance de changer, individuellement et à plus grande échelle.

56757294_831208497247377_4689662854788284416_n

Un grand merci à Terrenoire pour leurs réponses.

[INTERVIEW] Navy et la vie d’artiste

Navy alterne entre rap très actuel et refrains chantés, plus touchants. Ses textes et l’ambiance touchent l’introspection, décrivant avec sensibilité ses doutes d’artistes émergents.
Son EP TRACE est sorti le 8 novembre et démontre une musicalité très large, entre trap, old school et instruments organiques. De passage à Paris pour un premier concert la veille de la sortie de l’EP, j’ai pu rencontrer Navy, qui est venu me parler de lui, ainsi que son besoin de changement et d’évolution.


MUSICALÉOMENTVOTRE : Peux-tu te présenter à nous ? Comment la musique est arrivée dans ta vie ?

NAVY : J’ai lancé mon projet solo, qui prend une grosse partie de ma vie, sinon je suis serveur pour faire un peu de sous.
J’ai commencé à faire de la musique à 7/8 ans au conservatoire en faisant du jazz, donc saxophone et piano et j’ai découvert le rap par la suite.
J’ai lancé un duo, qui après est devenu un trio… et maintenant je suis tout seul.

M : Comment tu es tombé dans le rap, alors ? Qu’est-ce qui t’attire ?

N : Ça a commencé avec Diam’s *rire*, puis la Section D’assaut qui était ma génération, 1995, et l’Entourage que j’ai beaucoup suivi, et encore maintenant. Je pense que j’ai vraiment grandi dans le rap avec eux quoi.
C’était ma génération, ça me parlait beaucoup. Puis j’ai découvert le rap américain avec des classiques. Maintenant mes influences tournent beaucoup autour de Kendrick Lamar, J-Cole, Anderson Paak., etc…

M : Est-ce que tu peux nous en parler un peu, de ce duo et de ce trio ?

N : Je ne voulais pas commencer le rap tout seul, alors j’ai demandé à mes potes si certains étaient partants pour faire quelque-chose. Y’en a UN qui était chaud et on a commencé à chercher quelqu’un qui faisait des prods. Je suis tombé sur Art beat qui avait déjà un EP. Je l’ai contacté, on a commencé à faire de la musique ensemble pour se faire plaisir. Il faisait aussi du jazz donc musicalement, on s’entendait bien.
Après j’ai voulu gouter à la trap, ce qui nous a fait rencontrer une troisième personne, Rami avec qui le duo s’est transformé en trio. On est devenu MayDay.
On a bossé 2 ans ensemble en ayant plus d’ambition mais sans rien faire de sérieux. Donc je me suis dis que si je voulais vivre de la musique, il fallait que je fasse un truc sérieux. Et pour ça, y’a rien de mieux que de faire un projet perso.
J’ai commencé à travailler chez moi et je me suis dis : il me faut quelqu’un pour re-bosser sur les prods. J’ai recontacté Art beat, et trois mois après, on a commencé à faire Mental de Fer ensemble. On a enchainé sur le projet et… voilà.

M : Ça s’est passé rapidement alors, l’arrivée du projet ?

N : C’est allé hyper vite ! Je l’ai contacté en juillet 2017, on a bossé le projet jusqu’en septembre. Moi je partais en décembre en voyage. Tout s’est fait en 3 mois et on partait à Berlin pour clôturer le tout. Donc ouais, c’était assez rapide.

M : Dans ce cas, comment tu pourrais décrire ta musique ?

N : Je pense que j’aime bien tout ce qui est acoustique, et ça me parle parce que je viens de ça finalement. Après j’aime bcp de choses mais ce qui me correspond le plus c’est… ne pas être trop autotuné. Ce serait quelque-chose qui sonne plus à l’ancienne, acoustique, plus simple et plus sincère aussi. J’aime la sincérité dans la musique.

M : Tu as sorti ton EP le 8 novembre, en faisant un premier concert à Paris la veille. Apparemment ça s’est bien passé ?

N : Incroyable. Premier concert solo, c’était super chouette, y’avait une super ambiance. J’ouvrais la soirée, c’était pas du tout mon public, à part quelques amis. L’enjeu du coup c’était de réussir à tenir les gens… mais ce que j’ai ressenti c’est qu’ils étaient intrigués. Ils sont restés jusqu’au bout, ils ont joué le jeu, c’était super.

M : Si on revient à l’EP, pourquoi s’appelle-t-il TRACE ?

N : C’est mon meilleur ami qui a trouvé ça en étant au Mexique. J’avais l’idée du message à faire passer mais je n’avais pas le nom. Au final ça colle bien car TRACE, ça allait dans l’élan du projet et le fait de laisser sa trace.

M : Justement, tu dis que tu veux laisser une trace. Est-ce que tu peux parler un petit peu de l’EP et de comment tu aimerais que le public se souvienne de toi ?

N : L’EP parle beaucoup du fait que c’est important de compter sur soi-même avant de compter sur les autres. Tout part de toi, et c’est un message très positif d’ailleurs. Je parle aussi de la réalité moins positive, mais ce que j’ai envie de faire passer c’est que tout est possible, alors on le fait.

M : Selon toi, en tant qu’artiste et avec tout plein de contraintes, comment rester libre de faire ce que tu fais, sans être trop confronté à l’extérieur ?

N : T’es forcément confronté à l’extérieur en faisant de la musique.
Mais après je bosse avec quelqu’un qui me correspond musicalement, et ça permet de bien avancer. Si j’étais tout seul, je pense que je me remettrais beaucoup plus en question. On est deux et on sait où on va. On fait ce qu’on aime, on veut que ça marche donc on prend en compte certains codes mais, si moi je fais ça actuellement c’est parce que j’aime ça, sinon je ne le ferais pas.
C’est là où est la liberté.

M : La liberté à travers la musique. C’est un échappatoire un peu pour toi ?

N : Je pense ouais. Et c’est un idéal aussi. J’aimerais faire que ça de ma vie.

M : Tu parles aussi beaucoup du temps qui passe dans tes titres. Tu l’appréhendes comment, l’avenir ?

N : L’avenir ne me fait pas peur car je suis très déterminé et ambitieux même si il commence tout juste à se passer beaucoup de choses mais… si ça me faisait peur c’est que d’un côté je ne serais pas sur de ce que je veux faire. C’est une question de temps.
Je suis vachement dans le présent. C’est maintenant que tout se passe. Le temps, je n’ai plus envie d’en perdre.
Je suis très frustré par le temps qui passe, et très nostalgique du passé. J’essaye d’être dans le présent pour ne pas avoir de regrets.
Dans mon idéal, j’aimerais pouvoir vivre de la musique. Dans quelques années je me vois à Lyon, en train de faire des connections artistiques et culturelles… j’aimerais pourquoi pas créer quelque chose qui permette aux artistes de développer leurs projets.

M : Tu pourrais citer des évènements qui t’ont poussé à devenir ce que tu es aujourd’hui, qui t’ont peut-être bouleversé ?

N : Y’a pas énormément de choses qui bouleversent ma vie. Ça reste très subjectif d’après moi. Mais le fait que ma mère m’ai poussé à aller au conservatoire, les différents projets que j’ai eu et les rencontres que j’ai faite m’ont fait avancer, et encore aujourd’hui ! Alors je pense que c’est plus des rencontres qui m’ont marqué.

M : Tu as sorti le clip de Cette vie là. Est-ce que tu peux nous en parler un peu ?

N : Avec Marty qui me suit sur les clips, c’était incroyable. On était en voyage pour faire un clip, ce qui est super mais qui fait aussi un peu peur. On ne voulait pas faire quelque chose de classique. Ça devait être sincère.
Le voyage a fait que j’ai rencontré un couple et qui devait partir le 28 mars à Bogota. Moi j’arrivais le 27, on s’est tous rencontrés, et on a passé 3 semaines ensemble. Justement pour le clip, ça collait bien avec l’idée du lifestyle. C’était parfait.
Puis, c’est un titre qui peut parler à tout le monde, hier soir on le chantait tous et c’était super.

M : Est-ce que c’est bon la vie d’artiste ?

N : Pour moi, la vie d’artiste c’est la période que je vis depuis 2/3 semaines.
J’ai rencontré des rappeurs, des gens qui travaillent dans la musique, j’ai fais des connections. La vie d’artiste c’est pas que de la création, c’est aussi tout ce qu’il y a derrière. C’est ça qui me fait kiffer. C’est aussi ça qui est inspirant en tant qu’artiste.
Alors oui, c’est bon la vie d’artiste.

M : Est-ce que la musique c’était mieux avant ?

N :  *rire* c’est délicat. Je ne pense pas qu’il y ai de mieux. Après, je pense que la sincérité était plus présente dans la musique avant. Maintenant y’a tellement de nouveaux styles et de dérivés. C’est en fonction de toi.


Navy m’a également confié que le titre qui pourrait rythmer le reste de sa vie, ce serait Cette vie là. Idéalement, il aimerait faire une collaboration avec Alpha Wann ou Jean Dujardin. Qu’est-ce que c’est trop bon, la vie d’artiste.

Capture d’écran 2019-11-11 à 12.12.34

 

En collaboration avec Loom
En concert le 13/11 au Chromatique ⤑ 51, rue Jean Michel, 69007 Lyon 

[INTERVIEW] La Petite tombe Des Nues avec son premier EP

 

 

Elle nous vient de banlieue parisienne. Sa passion pour la musique et toute la sensualité qu’elle y ajoute ont permis à DES NUES, son premier EP de sortir.
Rencontre avec une Maia, une artiste pas si Petite, qui nous en met plein la vue avec cinq titres tout droit tirés d’une histoire d’amour.


MUSICALÉOMENTVOTRE :  Hello La Petite ! Peux-tu te présenter à nous, présenter ton parcours et nous décrire ta relation avec la musique ?

LA PETITE : J’ai grandi en banlieue parisienne, à Colombes. À 6 ans, j’ai commencé le piano et j’ai tout de suite su que la musique aurait une place de choix dans ma vie. Il y avait toujours de la musique chez nous, du matin au soir et ma mère avait un groupe de rock. Dès je la voyais sur scène, je rêvais de faire la même chose.
Puis, j’ai commencé les cours de théâtre et ça c’est confirmé : la scène était le lieu où je voulais être.
La musique m’a suivie toute ma vie, elle mettait des petits indices sur ma route. À 8 ans, je voulais être serveuse et chanteuse en rollers. Bon, j’y suis presque.

M :  Tu écoutais quoi quand tu étais enfant ?

L.P : Anecdote, quand j’étais encore dans le ventre de ma mère, mes parents écoutaient en boucle l’album The space between us de Craig Armstrong. D’après eux, quand il fallait me calmer, bébé, cet album m’apaisait directement.
Ensuite j’ai eu ma période Emilie Jolie. Le CD en boucle, le spectacle, et les chansons par coeur chantées à fond dans mon bain.
Puis il y a eu Alain Souchon. J’étais complètement in love, je disais même à mes parents que j’aurais aimé qu’il soit mon troisième papi. Et enfin, Mika et Superbus, à fond dans ma chambre.

M : Dans ce cas, quelles sont tes inspirations et influences ?

L.P : Depuis quelques temps, je me shoote à Radiohead et RY X. J’adore ! Ce qui m’inspire chez eux, c’est l’émotion qu’ils réussissent à susciter via leurs morceaux. Des exemples pour moi.
Dans ma façon de composer, je  pense être pas mal influencée par certains interprètes de la chanson française, comme Julien Doré ou Zazie. J’aime leurs textes et ce qu’ils en font.

M : Pourquoi ce nom, LA PETITE ?

L.P : En fait la question ne s’est pas vraiment posée. On m’a toujours appelée comme ça. Pourtant 1m58 c’est grand, non ?
Et aussi quand tu répètes avec des musiciens de 1m88 et que tu passes ton temps à voir leurs mentons, tu te rends vite compte que rien n’aurait été plus adéquat comme pseudo.

M : Comment est-ce que tu caractériserais ta musique ?

L.P : C’est super dur de définir sa propre musique, je suis nulle pour ça. Mais je dirais comme ça : passionnée, sensible et sensuelle. En tout cas le fruit de beaucoup d’introspection et d’observation. Tant dans les paroles que la composition.
Puis évidement, Pierre Bougeard, qui m’accompagne sur la création de chaque morceaux, apporte un œil neuf dessus, et l’embelli. 

M : Parlons de ton EP, DES NUES, sorti le 25 octobre. Comment peux-tu expliquer ce choix de titre, et le potentiel jeu de mot qui se cache derrière ?

L.P : Des nues c’est d’abord venu de l’expression « tomber des nues ».
Dans cet EP, je raconte une histoire d’amour douloureuse, qui termine mal alors qu’elle commençait comme un rêve sous une douche. Et quand ça se termine, un truc beau comme ça, c’est difficile de ne pas tomber des nues.
Par ailleurs, c’est mon premier EP, autrement dit ma première mise à nue. 

M : Quelle histoire souhaites-tu raconter dans tes chansons ? Et qu’aimerais-tu qu’on retienne de ta musique ?

L.P : DES NUES, c’est une dose de charnel et de mélancolie. Chaque son est un zeste d’une histoire plus grande.
Après c’est à chacun d’y retrouver des traces de la sienne. Chacun y a sa place. Et si on peut juste retenir mes chansons, c’est déjà ça de bon !

M : Peux-tu me parler, en quelques mots de chaque titres de l’EP ?

L.P : Ils sont écrits comme une histoire.
Sous la douche, c’est la passion charnelle. Caresse, l’après, le souvenir. Pas moi, le sentiment désagréable de ne pas savoir où aller d’être perdu.
Puis vient Parenthèse, la remise en question. Et enfin Des nues, le dernier chapitre de cette histoire, le bilan et l’ouverture sur l’avenir…

M : Tu as sorti les clips de Pas moi et de Sous la douche. Peux-tu nous parler de tes envies de réalisations, et pourquoi est-ce que ce sont ces titres que tu as voulu mettre en premier en image ?

L.P : J’ai choisi dans ces deux clips, d’illustrer le propos avec la danse. Parce que chacune de ces deux chansons parle d’un sentiment physique. L’épanouissement amoureux et érotique dans Sous la douche et l’introspection dans Pas moi.
Si Sous la douche a été le premier clip que j’ai sorti, c’est tout simplement parce que c’était le premier morceau du projet qui était terminé. Et je trouvais que c’était une bonne entrée en matière.
Quant à Pas moi, c’était, pour moi, le morceau le plus important à mettre en image. Quand la sublime danseuse, Hannah Kiely Kadosch m’a proposé cette chorégraphie et je me suis dis que rien ne pourrait mieux servir ce titre. Et j’ai foncé.

M : Que penses-tu de l’avenir dans la musique ?

L.P : La musique à pris un nouveau tournant depuis quelques temps maintenant.  L’accès facile à l’écoute via le streaming est bénéfique, je trouve. Autant pour l’auditeur que pour l’artiste. Tout est plus rapide, on peux écouter notre musique favorite partout, n’importe quand. Et ça n’enlève pas pour autant la qualité de l’écoute. C’est juste à nous, artistes et auditeurs, de s’adapter à tout ça.
Les temps changent !

M : Serais-tu capable de nous citer cinq moments clés qui ont fait bouger ta vie en tant qu’artiste ?

L.P : Le tout premier : quand j’ai commencé le piano. Ça m’a connecté avec la musique.
Le deuxième : quand j’ai découvert (vraiment découvert) ma voix. C’était lors d’une séance de travail en coaching vocal avec Nathalie Dupuy. Ma voix est sortie vraiment pour la première fois. Ça m’a fait une sensation tellement bizarre que j’étais toute chose après.
Le troisième : le jour où j’ai interprété sur scène  pour al; première fois l’une de mes compositions. Un tract de fou mais une émotion folle aussi.
Puis lorsque j’ai décidé de devenir La Petite. C’était comme une naissance artistique.
Et enfin, la sortie de Des Nues. Premier EP, premier bébé que j’ai lâché dans la nature le 25 octobre 2019.

M : Girl Power. En tant que femme, que penses-tu de la place de la Femme dans la musique, qui est sujet à débats ?

L.P : L’époque de la chanteuse qui doit avant tout être jolie et glamour est derrière nous. Aujourd’hui les filles mettent en mots et en musique tout ce qu’elles pensent, sans filtres, et on écoute leurs messages autant que ceux des mecs.
Les filles auteurs – compositeurs sont de plus en plus nombreuses, c’est cool. L’arrivée du statut d’artiste indépendant a aussi joué un rôle important. Homme ou femme, on peut se débrouiller tout(e) seul(e) aujourd’hui et faire passer notre message sans demander l’avis de personne.

M : Toi, tu penses que la musique était mieux avant ?

L.P : Pourquoi tout serait toujours mieux avant ? C’est simplement différent.
La production, les moyens d’écoute et de diffusion, tout évolue. Bon. C’est vrai que devant un docu sur les Beatles ou la tournée des Rolling Stone on peut être un peu nostalgique, mais je kiffe mon époque.

M : Enfin, je voulais savoir si un album est en préparation ?

L.P : Pas pour le moment. Mais de nouveaux titres sont en préparation évidemment.
Un second EP déjà sur le feu (ndlr : et on a hâte !).


Talentueuse, passionnée et ambitieuse, La Petite te parle d’amour comme personne.
C’est jeune et joli.

56757294_831208497247377_4689662854788284416_n

[INTERVIEW] Tomasi, somnambule bien éveillé

Il est de ceux qui se posent des questions haut et fort, celles que tout le monde pense tout bas. De ceux qui s’expriment par la musique, avec leurs tripes.

Il arrive a combiner rap, une certaine fragilité croisée à la mélancolie et une pincée de musique électronique. Tomasi, c’est ce type d’artiste qui arrive à te faire rire, danser et pleurer. En même temps.

Somnambule, c’est le titre de son nouvel EP, sorti le 3 octobre.

Il s’est prêté au jeu, m’a donné de son temps pour répondre à une série de questions. Car non, jamais nous ne nous arrêterons de nous poser des questions, existentielles ou non, utiles ou inutiles. Rencontre avec Tomasi, ton futur chanteur et musicien préféré.


Musicaléomentvotre : Bonjour Tomasi, tu as sorti ton EP, Somnambule. Avant d’en parler, est-ce que tu pourrais te présenter, et présenter ton projet ?

Tomasi : Je m’appelle Tomasi, je fais du rap fragile / chanson musclée en peignoir, le plus souvent dans ma chambre. J’ai commencé la musique vers 12 ans avec de la guitare, en apprenant sur internet avec des tutos. J’ai commencé a écrire des chansons très très vite, la première s’appelait I’ll call you up. Ça parlait de fumer, de boire, d’être désespéré en amour. Puis j’ai commencé à écrire en français, parce que j’écoutais beaucoup les BB Brunes, c’est eux qui m’ont donné envie d’écrire en français, c’est une grosse influence. Puis j’ai monté Clairvoyant avec Hugo Pillard (ndlr : Trente) et on a fait pas mal de concerts, enregistré un EP qui n’est jamais sorti… et j’ai commencé seul avec Tomasi, depuis 2017, avec un premier EP, Astronef, en ayant un peu tout fait tout seul. Mais avec le recul, je préfère ce que je fais maintenant.

TOMASI, ça vient d’où?

Ça vient du Péril Jeune de Klapisch, sorti en 95 (ndlr : son année de naissance). Voilà. Non j’rigole.
C’est le personnage incarné par Romain Duris, et c’est un film que j’aime énormément et *blanc* en fait dans ce film, il incarne une certaine idée de l’auto-destruction et en même temps de la non peur de la mort. Enfin, c’est la jeunesse pour moi la plus insouciante et j’aime bien garder ça dans mes chansons. À cette époque, je pense que l’insouciance c’était d’être dehors et aujourd’hui, c’est plutôt ne pas sortir de chez soi, rester dans son coin et… c’est une autre forme d’auto-destruction.

Qu’est-ce que c’est, le rap fragile ?

Dans la culture urbaine, même dans le langage en général t’as « fragile ». Moi, je fais du rap qui montre ses faiblesses à fond, voire peut-être trop. J’ai l’impression de parler que de moi, mais je m’amuse bien quand même ! C’est un peu ce que j’entends par le rap fragile.

Tu nous parlerais des soirées Kimono ?

C’est un concept simple. J’avais envie de réunir des copains qui font de la musique, lors d’une soirée. Moi je suis plutôt rap, certaines salles ne veulent pas de moi à Paris et là on regroupe plusieurs styles différents, bizarres ou pas. Mais le but c’est de passer une soirée avec le plus de gens possible, de se retrouver et de jouer ensemble ET SURTOUT, d’être tous en peignoir ou en kimono. La dernière était une belle réussite !

Pourquoi l’EP s’appelle SOMNAMBULE ?

C’est par définition de dormir debout. Voilà.
En fait c’est bête, j’ai une amie qui s’appelle Clémence L., qui a fait un film qui s’appelle SOMNAMBULE et j’avais fait la musique. Le thème qui commence Somnambule (ndlr : la chanson) a été mon point de départ. Son film ne parlait pas du tout de ça même si j’ai tendance à m’inspirer un peu des films et des séries etc…, mais j’ai réfléchis à ce que je vivais. J’ai un quotidien ou je bois beaucoup, ou je vis plutôt la nuit que le jour et j’aimais bien cette idée de presque « zombie », comme si j’étais éveillé ça reflète bien Tomasi.
Quand tu prends les chansons de l’EP, c’est vraiment une idée à chaque fois de somnambulisme qui touche plus le jour que la nuit d’ailleurs.
C’était la première fois qu’on me posait cette question, et j’y ai jamais réfléchi, tu vois *rires*.

J’ai beaucoup écouté Astronef et on voit quand-même une progression…

Je me suis plus entouré pour cet EP, j’ai bossé avec Valentin M. et c’est beaucoup plus pop. C’est vraiment devenu un allié pour moi en plus de Nicolas G., c’est de plus en plus une vraie belle équipe.

Quand tu compares l’ancien et ce nouvel EP, qu’est-ce que tu peux souligner comment changements ?

Sur le premier, Petit frère de haine et Monument ne parlaient pas de moi.
Là, j’ai beaucoup plus centré sur moi. J’ai fais beaucoup de chansons entre le premier et le deuxième EP, mais j’ai gardé les cinq qui me touchaient le plus et qui étaient le plus cohérents ensemble. Ce qui a beaucoup changé c’est aussi l’arrivée de Valentin qui m’a permis de plus m’épanouir, de ne pas être juste seul. Donc, dans la composition c’est juste un chemin naturel, mais dans l’enregistrement ça a changé beaucoup de choses.

Et donc tes clips, tu les bosses toujours avec une seule et même personne, ou d’autres petites mains viennent t’accompagner ?

Yes sauf celui de Monument qui a été réalisé par Hugo P., sinon c’est avec Nicolas et Basile C.L et Ingrid pour les décors. C’est l’occasion de faire des beaux clips avec presque rien.

Par rapport à la composition, si tout ce que tu dis est vrai, depuis quand est-ce que tu es inspiré ?

C’est assez inégal sur tout l’EP. Certains textes sont sortis tout seul, d’autres ont pris plus de temps. Par exemple, Menteur Menteur s’appelait a la base Jardin, c’était le même refrain, avec la meme mélodie mais du coup très compliqué à re-écrire. Ça n’allait juste pas avec ce que je voulais raconter.
J’ai passé l’été dernier avec mes cousins et je les écoutais se balancer des trucs un peu débiles. J’avais la sensation d’avoir déjà vécu ça, et dans cette mesure là, ça prenait plus de temps à écrire des textes. Certaines phrases étaient balancées facilement, mais pour Avatoru par exemple, j’ai eu envie d’écrire, j’ai lâché l’instru et c’est carrément parti tout seul.

Et au niveau des thèmes ? Tout est lié ?

Un peu. Si tu prends une chansons comme Happy ending, on peut entendre des mini HAPPY ENDING. Je l’ai écrite parce que je suis tombé a l’époque sur une chanson où dans le refrain il y avait des jouissements de femme, et je trouvais ça génial comme idée ! Je voulais recréer la même chose mais à ce moment là, il y avait quelqu’un dans ma chambre avec moi… et du coup je n’allais pas aller sur pornhub pour recréer le parfait son. En tapant SEXE sur youtube je suis tombé sur une vidéo de massage, et la femme derrière demandait « you want happy ending ? ». Une vidéo vraiment improbable mais qui fait un bon parallèle avec Du sperme sur le peignoir. C’est une bonne évolution, je trouve, et une autre manière de présenter tous ces thèmes.

Et à coté de l’EP tu fais des freestyles…tu peux nous en parler ?

Ouais carrément. En fait, c’est des TOMASERIE. Dans le processus de faire quelque-chose de construit, le soucis c’est que c’est long, rien qu’entre le fait de créer et de pouvoir écouter. Moi je voulais faire des choses où je ne me prends pas trop la tête, sur un autre format de vidéo (pour pouvoir challenger Nicolas sur autre chose). C’est aller chercher un format particulier pour proposer quelque chose d’assez marrant, tout en restant dans l’instant.
C’est un plaisir de voir quelque chose sortir vite et d’avoir des retours directement.

Qu’est-ce que tu aimerais qu’on retienne de ta musique ?

Je ne me sens pas vraiment messager. J’aime bien m’identifier dans des choses qu’on me raconte, des choses dont on me parle et j’ai l’impression que ma fragilité branleuse du quotidien peut toucher des gens.

J’ai une question technique : est-ce que tu te poses beaucoup de questions ?

*rires* J’ai envie de demander… qui ne se pose pas beaucoup de questions ?
Forcément, j’ai envie de formaliser toutes les questions que je me pose. On est tous dans notre coin, que ce soit sur tous les sujets possibles, il y a beaucoup de peurs, d’angoisses communes à tout le monde.
Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire ? Il y a un moment ou c’est bien de faire de la musique, mais qu’est-ce qu’il se passerait si ça ne marche pas ? J’ai envie que ça plaise.

Et l’avenir du coup, ça t’effraie un peu ?

Forcément ouais. Je ne sais pas où je serais dans 5 ans… mais j’ai hâte. Combien de fois je me suis posé la question, même si j’ai bien avancé depuis !

Si par exemple tu devais faire une playlist avec 5 titres, tu prendrais lesquels ?

Juste 5 titres? 

5 titres qui t’ont fait un déclic.

Ouah. Le premier sans hésiter c’est Gap des Kooks, je pense. C’est très bizarre mais ça a été instantané dans ma tête. Ces riffs de guitare au début, ça a changé ma vie.
Je pense qu’il y a La peur de l’échec d’Orelsan forcément, parce que ça parle de sentiments ouverts, de choses très simples et ça m’a beaucoup plu.
505 des Arctic Monkeys. Death on the stairs des Libertines. Et Benjamin Biolay, Britty Boy des BB Brunes.
Que tu es dure… Et y’a Lovesong des Cure. Et encore… j’en ai tellement. Tu peux aussi mettre Cave song des Wu Lyf ! C’est un groupe qui a vraiment changé ma vie. 

Et enfin, est-ce que la musique c’était mieux avant ?

AH NON. Vraiment pas, c’est mille fois mieux maintenant.
Déjà parce que tout ce qui a été fait avant c’est re-utilisé et je trouve que maintenant, même si beaucoup de choses se ressemblent, il y a mille fois plus de choses et TOUT peut exister.
Je ne sais plus qui disait « Internet c’est le passé », c’est un peu vrai mais, maintenant l’accès à la musique est beaucoup plus facile et rien que ça, ça change.

Si t’aimes pas un truc tu l’écoutes pas, t’écoutes autre chose, on s’en fout. 

Merci à Tomasi pour avoir prit le temps de discuter.

[INTERVIEW] Aristide, la trap et le rock

Aristide, la vingtaine et passionné par le rock.
Jimi Hendrix, Kurt Cobain, The Doors et des artistes plus actuels. La trap et évidemment, le mix entre toutes ces influences et ce qu’Aristide lui-même sait faire.

Quelques mois de travail, d’acharnement et de motivation.
Et puis ce 16 mars dernier, la sortie de la nouvelle mixtape, « LITTLE RAGE« .

C’est à la suite de l’écoute de Little Rage qu’un jeudi après-midi et autour d’un Monaco, j’ai rencontré Aristide, pour lui poser quelques questions au sujet de sa mixtape, de ses influences et de sa vision du futur.

On a parlé, longtemps. Et ça donne quelque-chose comme ça :

Son dernier clip, extrait de l’EP Little Rage, puis Facebook et Instagram.