[INTERVIEW] Nili Hadida, moitié du groupe Lilly Wood & The Prick, est de retour avec son EP, « Love Life Death Despair ». Rencontre avec une artiste engagée aux multiples casquettes

Certains la connaissent déjà grâce au groupe Lilly Wood & The Prick, fondé aux côtés de Benjamin Cotto. D'autres l'ont vu plus récemment en première partie des concerts d'Izia. Pour quelques-uns, son nom cache encore une grande part de mystère.  
Alors qu'elle écrit et compose sa musique depuis près d'une quinzaine d'années, qu'elle auto-produit et finance ses projets solos, Nili Hadida est de retour avec son nouvel EP, Love Life Death Despair. C'était l'occasion parfaite pour rencontrer cette artiste engagée et aux multiples casquettes.
Alors que les températures n'étaient pas au rendez-vous ces derniers jours, Nili a accepté de rencontrer Musicaléomentvotre, un thé à la main, pour parler de sa musique et de ses influences, mais aussi du Covid et de la place des femmes dans l'industrie musicale. 

C’est l’heure de l’interview.

Musicaléomentvotre : Salut Nili, comment tu vas ?
Nili Hadida : Ça va bien. Je suis en dry january et j’essaye de rester en forme car il y a beaucoup de concerts en janvier qui arrivent avec Izia. Je suis contente, j’aime bien travailler, alors en ce moment c’est cool.

M : Est-ce que tu peux donc te présenter pour ceux qui ne te connaissent (toujours) pas ?
N.H : Je m’appelle Nili Hadida, j’ai un groupe qui s’appelle Lilly Wood & The Prick depuis presque quinze ans et à côté de ça je fais mes projets, seule : j’auto-produis et finance pour être complètement libre. J’ai deux chiens et j’habite à la campagne.

M : Tu disais que ça faisait une quinzaine d’années que tu étais dans Lilly Wood & The Prick. Je pense que beaucoup de personnes te connaissent grâce au groupe. Est-ce que tu te souviens de vos premiers pas dans la musique ?
N.H : On avait 20 ans et on s’est rencontrés dans un bar [ndlr : avec Benjamin Cotto]. On avait tous les deux envie de faire de la musique alors on s’est échangé nos numéros et très vite on s’est mis à écrire. C’était très fluide, tout s’est fait rapidement, on n’a jamais galéré.
C’est marrant parce que ce que je n’ai pas vécu avec le groupe, je le vis en solo en recommençant depuis le début et je pense que c’est une bonne expérience. Nous, on a vite fait nos propres concerts et finalement je ne fais pas les choses dans le bon ordre, mais je les fait toutes. Avec Lilly Wood, on était en festival cet été, la tournée est finie et entre les albums je fais mes projets solos. Ça ne s’arrête jamais, j’aime bien être occupée.

M : Et justement, comment vous avez vécu ce gros succès immédiat ?
N.H : Ça nous est vraiment tombé dessus. On a eu une Victoire de La Musique en 2010 et c’était ouf ! C’était un premier album, on venait de commencer… et puis tout est allé super vite, on a fait plein de synchros avec des marques très cool, on jouait à guichet fermé. On est allé faire le troisième album au Mali et là-bas on a commencé à recevoir des coups de fil de potes qui nous disaient « Vous avez un remix qui passe à la radio » alors qu’on n’était pas au courant, et le truc a pris tout seul ! Je pense qu’on s’est rendu compte de tout ce qu’il s’est passé récemment. On a fait une pause de cinq ans et une fois qu’on s’est posés, on a fait le bilan de tout… je pense qu’on ne s’habitue jamais à avoir un aussi gros succès.

M : Pourtant en parallèle tu avais déjà tes projets solos. Tu sortais un album éponyme en 2018, que je me surprends à réécouter d’ailleurs. Tu disais que ça te paraissais « bizarre » de faire les choses un peu dans le désordre, de tout réapprendre… à quoi ressemble ton parcours ?
N.H : Pour le premier album je sortais de Lilly Wood et j’avais un peu la folie des grandeurs. J’écoutais beaucoup de soul et je me suis entourée de gens très forts dont j’appréciais le travail : j’ai dépensé une fortune, je suis partie à Miami le mixer avec Jimmy Douglas. L’album n’a pas beaucoup marché, mais je me suis fait plaisir.

M : C’était vraiment le kiffe de pouvoir tout faire un peu seule !
N.H : Oui ! Depuis la fin de Lilly Wood je me dis que j’ai envie d’explorer l’autre pan de ma culture musicale qui est le rock, que j’écoute tous les jours. D’ailleurs l’EP qui va sortir ressemble beaucoup aux toutes premières démos de Lilly Wood ; ça boucle la boucle !
Et puis je me suis dit, « essaye d’être dans une économie un peu plus humble, de voir ce que tu arrives à faire toute seule » : alors j’ai tout enregistré à la campagne avec un ami avec qui j’ai écrit l’EP, Love Life Death Despair. J’aime bien apprendre à travailler de différentes manières, et là c’est ce que je suis en train de faire ! Sur ce disque, je suis CEO de ma boîte et stagiaire en même temps, plus stagiaire en ce moment que CEO d’ailleurs *rires*.

: Et d’ailleurs, si on revient sur tes influences musicales, tu parlais de soul puis de rock, mais quels sont les artistes qui t’influencent et t’inspirent ?
N. H : Pour cet EP là, il y a un clin d’œil à BLUR et à leur chanson Boys and Girls sur mon clip 2022, qui est un hommage dans lequel on est que des femmes à jouer. C’est un peu un pied de nez au clip original et aux paroles. Il y a aussi un groupe de Los Angeles que j’adore qui s’appelle Automatic ou encore Los Bitchos… en fait, mes influences sont tirées du rock Californien, État où j’ai vécu quasiment toute mon adolescence.

M : D’où cette envie aussi de chanter en anglais ?
N. H : Disons que mes langues maternelles sont l’anglais et le français ; puis la musique que j’écoute est vraiment anglo-saxonne et je me sens plus à l’aise en anglais. D’ailleurs je suis assez frustrée car je sais que certaines personnes ne comprennent pas réellement les textes que j’écris. Avec Lilly Wood, quand on était aux Etats-Unis, en Californie ou en Angleterre, c’était super agréable de chanter devant un public qui comprenait ce que tu racontes !

: Tu as sortis deux premiers singles : 2022 et I Killed A Bird Today. C’est un peu la carte de visite de ce nouvel Love Life Death Despair
N. H : Ce que j’aime bien dans cet EP c’est que je suis un peu sortie de « l’adolescence » où tu parles de tes histoires d’amour uniquement… sur ce disque, je parle de pas mal de choses. 2022 est une rétrospective de l’année, de l’enfer que j’ai passé. I Killed A Bird Today raconte vraiment le jour où j’ai écrasé un oiseau en voiture à la campagne, ça m’a traumatisé. Après, oui, Song About X parle d’un garçon mais c’est un peu une allégorie dans laquelle je raconte que toutes mes histoires ressemblent à un grand jardin où les gens sont des fleurs…

M : Mettons les deux pieds dans le plat. 2022 était une année où on sortait encore doucement du Covid…
N.H : J’ai très mal vécu cette période. Quand tu es à la campagne, tu es déjà un peu confiné(e) ; j’habite au milieu des champs et je me sentais vraiment seule. J’avais l’impression que la vie ne redeviendrait jamais comme avant.

M : Mais là tu as pu faire des festivals, revenir sur les devants de la scène… c’est un peu un second souffle, non ?
N. H : Ah carrément ! Je me souviens qu’en commençant la tournée de Lilly Wood il y a 2 ans, il y avait encore des publics masqués… c’était lunaire.

M : Je me souviens avoir fait quelques concerts en étant assise, c’est un peu étrange… et je me dis que peut-être nous, simples spectateurs de la musique, on ne peut même pas bien se rendre compte de ce que vous, artistes, vous ressentez vraiment.
N. H : Tout avait été décalé ! La première semaine, j’avais l’impression que c’était la fin du monde ! La musique était tellement anecdotique par rapport à la catastrophe qu’on était en train de vivre. Je me suis même demandé si un jour il y aurait de nouveau de la place pour tout ce qui touche à la culture. Heureusement oui, mais c’était facile de dramatiser.

M : J’ai aussi vu que tu faisais les premières parties d’Izia ces derniers temps ?
N.H : C’est trop cool ! On est très copines et l’hiver dernier elle venait souvent à la campagne pour se reposer et je lui disais que je cherchais à faire une première partie car ce que je sais le mieux faire c’est être sur scène. Puis elle m’a répondu « Mais vient faire ma première partie ». Ouah.
On a une bonne partie de l’équipe technique en commun. J’ai l’impression que ma vie c’est un peu « Almost Famous », un film que je recommande et c’est dingue ! Être en tournée avec une copine c’est dingue, parce que la tournée c’est rude… il ne faut pas être sédentaire, et aimer l’aventure. Être avec Izia, ça adoucit le truc et c’est une opportunité qu’autrement je n’aurais peut-être eu, car je ne voyais pas quel tourneur aurait voulu signer un projet rock en anglais. Ça m’a filé un énorme coup de pouce, car c’est à travers la scène que le projet existe le mieux.

M : Justement, j’ai vu que tu t’étais entourée de beaucoup de femmes pour cet EP. Ça te tenait vraiment à cœur ?
N.H : C’était super important car ça fait quinze ans que je ne vie qu’avec des mecs, dans un bus et que malgré tout la mixité équilibre plein de choses. Là, la tournée est super ! J’ai un guitariste mais j’ai une régisseuse, une batteuse… ça change beaucoup de choses. Avec Lilly Wood on a fait un morceau qui s’appelle You Want My Money et j’ai réalisé le clip en étant entourée de femmes (cheffe électro, cheffe op…).

M : C’est une bonne vibe.
N.H : De toute façon, il y a moins de femmes dans le milieu. Donc plus tu en fais bosser, plus ça rééquilibre. Pour l’EP je me suis aussi entourée de nouvelles têtes, tu vois. Il y a des gens qui préfèrent travailler avec des gens qui ont déjà un gros CV, alors que moi je trouve que s’entourer de personnes jeunes c’est important. Je trouve ça bien de laisser sa chance à tout le monde.

M : On va donc pouvoir te retrouver sur scène en « girl power ». Tu nous tease la suite ?
N.H : Alors. Love Life Death Despair sort le 3 février mais avant ça je vais sortir un titre en duo avec Mélissa Laveaux qui est une super chanteuse, avec une live session qu’on a fait entre meufs. Je joue à La Boule Noire le 14 juin, je vais sortir un inédit entre tout ça… et voilà ! J’essaye avec mes petits moyens de faire des images sympas et de raconter des histoires cool.

M : Et mise à part tout ça, qu’est-ce qu’on pourrait te souhaiter pour la suite ?
N.H : Continuer à faire de la musique et des concerts. Et puis, peut-être être un peu moins anxieuse dans la vie, aussi.

M : Que demander de plus, au final !
N.H : Ah et bien pas grand-chose ! *rires*

M : Et je vais terminer avec une dernière question. Est-ce qu’en ce moment tu as un coup de cœur musical ?
N.H : De ouf. J’écoute un morceau de King Gizzard & The Lizard Wizard qui s’appelle The Dripping Tape et qui dure 18 minutes. C’est comme s’il y avait trois morceaux dans un seul morceau et la première minute est super lente et triste alors qu’après ça défonce les oreilles. Du coup, j’écoute la première minute en boucle *rires*. J’ai un ami qui m’a fait un track de 20 minutes avec seulement la première minute de ce morceau en boucle. Je suis très psychorigide et très monomaniaque, et donc j’ai des phases où je peux écouter qu’un bout de morceau en particulier, pendant mille ans… c’est mon obsession du moment.

M : Et tu recommandes donc ce morceau à tout le monde !
N.H : Ouais et c’est un groupe incroyable… qui va sortir cinq albums par ans, quoi.

M : Qui arrive à faire ça ?…
N.H : Et bien JUL !

Nili Hadida sera en première partie d’Izia le 20 janvier au Krakatoa (Bordeaux), le 21 janvier au Mem (Rennes).

Son nouvel EP Love Life Death Despair sera disponible le 3 février sur toutes les plateformes, et elle viendra nous le présenter en étant tête d’affiche à La Boule Noire le 14 juin.

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