[ALBUM] Amoranno sort son deuxième EP « Romantic Robinson », et s’impose parmi les nouveaux talents de sa génération

Dans la catégorie jeunes pousses de la scène parisienne, nous demandons fièrement Amoranno.

Après la sortie d’un premier titre en mars dernier, l’auteur-interprète revenait au début du mois de mai avec son deuxième disque, Romantic Robinson. S’il s’est plongé dès son plus jeune âge dans l’écriture de textes et de chansons, Lucas de son vrai prénom n’en a pas pour autant perdu une patte « old school », qui lui colle si bien à la peau.

Tout droit venu de la banlieue sud de Paris, Amoranno s’impose de plus en plus sur les devants de la nouvelle scène française, mélangeant poésie et rap. Dans ce disque de six titres, on y retrouve des prods jazzy et groovy composées à l’aide de PH Trigano (L’Or du Commun, Ichon, Crystal Murray…) portées par des textes qui illustrent à la perfection la jeunesse de 2023, la promptitude et l’urgence de tout vivre.

Amoranno écrit à la cool, armé d’un flow faussement nonchalant qu’il fait du bien d’écouter. Découvert il y a maintenant deux ans avec un premier titre, Bateau, beaucoup plus rap, ses nouvelles mélodies sont idéales pour le découvrir entre les lignes, dans un registre plus différent.

Afin de découvrir Romantic Robinson en live, Amorrano viendra défendre ce nouveau projet ce dimanche 4 juin à 21h, au Noddi (19, rue des Bernardins).
Un talent à ne pas louper, car le meilleur reste à venir.

[ALBUM] Laurent Garnier est de retour

Voilà déjà plus de trente ans que Laurent Garnier fait se lever les foules, peu importe où, pour danser sur une musique auparavant considérée comme étant seulement du bruit. Plus de trente ans que le DJ et producteur français parcours le monde et ses mythiques salles en même temps. Plus de trente ans que le papa de la musique électronique français est une réelle inspiration pour les DJs plus émergents. Trente ans qu’il additionne les collaborations avec d’autres grands artistes, sans pour autant proposer une musique qui se répète à l’infini.

S’il a réussi à faire taper du pied des foules en festival ou dans de plus petites salles, Laurent Garnier a également réussi le (presque) impossible : un public débout à La Salle Pleyel en mars 2010. Ou encore remporter une Victoire de la Musique en 1998, alors que la musique électronique était encore un genre trop peu apprécié du grand public. Un grand monsieur, vous dites ?

Alors qu’il se faisait plus discret ces dernières années, ça y est, le grand jour est arrivé : Laurent Garnier est de retour avec 33 Tours et puis s’en vont, son premier album en solo depuis huit ans. C’est encore une réussite.

17 titres,
2 heures 40 minutes de son
.

Autant dire qu’il ne nous en fallait pas moins pour être comblée, et ce dès la première écoute. Cet album s’empare d’un format club comme on en raffole, porté par des influences d’ici et d’ailleurs. Il passe par des très gros sons techno, évidemment, mais aussi par du rap car oui, Laurent Garnier est un artiste qui évolue avec son temps et qui aime jongler de style en style. Pour notre plus grand plaisir.

33 Tours et puis s’en vont est une master class auditive.
Il n’y a pas d’autres mots.


La sortie de ce disque, qu’on écoutera en boucle ce week-end et tous les autres jours de la semaine, est un réel évènement tant on l’attendait. Quel bonheur de voir que même après tant d’années, cet artiste que l’on considère énormément n’a pas perdu son tapage de pied sur le dancefloor.

A écouter sans modération.

[LIVE] Cercle crée ONE WAY, une expérience unique en 20 éditions

S’il y a un concept qu’il ne fallait pas louper durant ces presque dix dernières années, il est prouvé (et non pas que par nous-même) qu’il s’agit bien de celui monté par Phil et Derek. En 2016, ces derniers, producteurs, décident de créer Cercle, un média qui met à l’honneur la musique électronique sous toutes ses formes, tant dans des clubs qu’en plein air, en mettant en avant des artistes connus dans le monde entier, comme des Artistes en devenir.
Leur marque de fabrique ? Créer un show, un vrai, en alliant visuel et son.

Unis par l’amour du voyage, des paysages mais surtout par la musique, Derek et Phil parcourent le monde entier à la recherche du graal ; et ils réussissent haut la main. Sont passés par ce média, devenu aujourd’hui une entité à part entière : Jamie Jones aux cascades de Pliva, Nina Kraviz à la Tour Eiffel, The Blaze à l’Aiguille du Midi ou encore Ben Böhmer du haut d’une montgolfière pour ne citer qu’une petite sélection.

Si nous sommes pour la plupart en admiration devant chacune de leur vidéo, ou en totale extase lors de leurs festivals, l’équipe de Cercle n’a pas dit son dernier mot. Il y a presque une semaine tout pile, les réseaux sociaux s’enflammaient et le monde de la musique électronique tout autant, à l’annonce d’un tout nouveau concept que Cercle vient de mettre en place.

ONE WAY.

ONE WAY,

C’est une réelle expérience artistique et musicale, déclinée en vingt éditions. 1 sur 20 : c’est le pourcentage de chance qu’auront les plus vifs d’entre nous, pour vivre ce nouveau concept (génial). Si cette première édition a été annoncée complète en un rien de temps, il est toujours possible de jeter un œil à ce qui se trame, ici.

Le premier ONE WAY aura lieu ce jeudi 11 mai au Nexus, nouveau club installé à Pantin, à seulement quelques minutes de Paris. A travers cet évènement, les producteurs souhaitent retourner à l’essence même de la musique, du club et de la danse en proposant une expérience inédite, unique.

Appareils photos, téléphones et livestreams sont interdits, puisqu’il est grand temps de (re)sentir la musique dans son entièreté.

Pour cela, nul ne saura quel DJ fera danser la foule de 19h30 à minuit, puisque ce dernier sera placé dans un cube noir sans tain et plongé dans la pénombre, de sorte à ce qu’il puisse voir son public… mais que ce dernier ne découvre son identité qu’à la fin de sa performance. Et puisque Cercle ne fait jamais les choses à moitié, l’équipe s’associe à Minuit Une pour la création d’une identité scénographique hors du commun, spécifiquement pensée pour ONE WAY.

Vive la musique, vive Cercle, et vive ONE WAY.

[ALBUM] Mira Ló sort « Memories », son premier long format, et confirme sa place d’artiste house française à suivre en 2023

A l’aube d’un week-end de trois jours très certainement bien mérité, Mira Ló signée chez Pont Neuf Records, nous offre la possibilité de quitter le bureau sur un fond musical des plus groovy. Et que demander de plus ? Si la scène électronique française ne cesse de s’imposer dans nos oreilles, nous estimons que Mira Ló fait partie des noms à retenir durant toute cette année (et bien plus encore, évidemment).

A l’écoute de Memories, ce premier long format réussi haut la main, la seule idée que l’EP se termine au bout de vingt minutes nous donne immédiatement envie de le réécouter encore une, deux, voire trois fois.

La musique de Mira Ló est le parfait mélange de classiques house et de nu-disco, le tout porté par un groove inclassable. En gardant toujours une dimension jazzy, l’EP mixe euphorie du club et moments plus personnels, comme l’artiste l’explique si bien. Memories est un disque qu’il fait du bien d’écouter, aérien et sans prétention, tant mélancolique que joyeux. Et nous, c’est un peu tout ce grand pêle-mêle qu’on aime dans la musique.

Afin de fêter comme il se doit cette sortie, Mira Ló jouera ce soir à La Java Belleville, pour présenter les cinq titres qui composent Memories. A ne surtout pas manquer.

[LIVE] Le Chorus Festival est de retour avec une nouvelle édition pour fêter l’arrivée du printemps !

C’est notre rendez-vous annuel depuis plus de trois ans. Le Chorus Festival des Hauts-de-Seine est de retour cette semaine, pour une nouvelle édition encore plus alléchante que les précédentes. La Seine Musicale (Boulogne-Billancourt) rouvre ses portes du 29 mars au 2 avril, pour permettre au monde, tous âges compris, de venir découvrir sur scènes les talents de demain.

L’année dernière, nous avions adoré voir (enfin) sur scène le grand Paul Kalkbrenner, et revoir Irène Drésel. Certes, on était passés à côté de Sofiane Pamart pour cause de « trop de monde dans la queue« , mais il faut reconnaître qu’on a su se débrouiller pour profiter des autres artistes programmés. En venant tous les ans depuis quelques temps, on a donc pu voir des artistes qu’on chéri secrètement (aka French 79), d’autres qu’on a aimé découvrir en live (Godford), et encore une autre catégorie d’artistes qu’on suit toujours de très près (comme Fils Cara, par exemple).

Mais que nous réserve cette édition 2023 ?
Alerte spoiler : toujours autant de belles choses.

Le premier jour qui nous intéresse musicalement parlant n’est autre que le jeudi. On y retrouvera de nouvelles têtes de la scène française (Sopycal, Rallye, Chien Méchant), mais également les artistes qui représenteront le prix Chorus de cette année.

Ceux qui nous tentent ce jour-là ?

Le duo Ojos de toute évidence, qu’on suit à la trace depuis presque deux ans… mais aussi Claude, le nouveau personnage de la scène pop actuelle – qui nous intrigue toujours autant. Et c’est pour ça qu’on ne s’en lasse pas.

De quoi ouvrir comme il se doit le festival.

Le reste de la programmation de cette année est tout aussi intéressant. A savoir que pendant les trois jours qui viendront clôturer le mois de mars et entamer le mois d’avril, de nombreux talents nous font de l’œil. Ca fait d’ailleurs plusieurs jours que notre planning est prêt… chronométré à la minute près. Ben oui, ça demande une sacrée organisation de courir de salle en salle (et un cardio qu’on travaille tout autant). De notre côté, nous avons prévu de voir :

VENDREDI 31 MARS

BB Jacques et Laake qui figurent parmi nos coups de cœur de ce récent début d’année. Bagarre et Kungs pour leur énergie indétrônable. Benjamin Epps, NTO et Eesah Yasuke pour la simple et bonne raison qu’on en entend parler depuis des mois, mais qu’on ne les a toujours pas vus en live.

SAMEDI 1ER AVRIL

Kaky car on mise beaucoup dessus. Yuksek, Superpoze et Paloma Colombe dont on ne se lasse pas. Tour-Maubourg car ses sets ne nous décevront jamais (et que son dernier album est génial). Et pour finir, Josman, car c’est l’occasion parfaite pour montrer qu’on connait toute sa discographie. Presque par coeur.

DIMANCHE 2 AVRIL

Kalika et Walter Astral parce que ce sont vraiment des phénomènes. Hyphen Hypen car ce groupe représente notre adolescence (et oui). Jeanne Added et Selah Sue pour leurs albums incroyables. Oete et Zaho de Sagazan car, si tu as loupé l’info, c’est l’avenir de la scène émergente.

Pour résumer, cette édition de Chorus s’apprête à être forte en émotions, en courses contre le temps pour ne rien rater, mais évidemment et surtout un week-end de folie, qu’on attend déjà depuis un an. Car oui, lorsqu’on ressort de ce festival, on imagine déjà comment la saison prochaine pourrait nous surprendre encore plus. Et le pire, c’est que c’est à chaque fois une réussite. Du hip-hop à la variété, en passant par la musique électronique et des créations originales, le festival est un des plus complets de ces derniers temps. Et puis, la Seine Musicale c’est tout de même sympa comme endroit… alors, on s’y voit ?

Pour découvrir la playlist du Festival Chorus 2023, c’est ci-dessous :

[ALBUM] Nouvelle tête de la scène électronique française, ABRAN sort les remixes de son EP « Fram » (et c’est génial)

A la mi-mars, nous découvrions le live audiovisuel de la nouvelle tête de la scène électronique française. Dans le cadre de la première édition du festival Sous le Radar, qui s’est déroulée au Point Ephémère, sur les coups de minuit, ABRAN s’emparait de cette scène mythique, qui longe le canal parisien.
S’il ne nous était en aucun inconnu au bataillon, c’était néanmoins la toute première fois qu’on allait assister à un de ses lives. Evidemment, on a beaucoup aimé.

En novembre dernier sortait Fram, le premier EP du producteur français, dont nous n’avons pas fini d’entendre parler. Le nom ABRAN ne te parait pas « nouveau » ? Ce n’est pas si étonnant : peut-être l’as-tu déjà vu en première partie du (très) grand Arnaud Rebotini ? Ou bien était-ce plus récemment dans le cadre des Inouïs du Printemps de Bourges ? Qu’importe, la scène électronique se l’arrache de plus en plus. Et pour cause ! Inspiré par Parra for Cuva ou Jon Hopkins pour ne citer qu’eux, ABRAN a ce don de nous faire voyager tant musicalement que visuellement.

C’est d’ailleurs ce qui fait sa force.

La musique d’ABRAN est en constante évolution, et ce pour notre plus grand plaisir. Alors que ce dernier a pour but de construire une expédition musicale et visuelle, il ne cesse d’aller plus loin dans sa musique. Le 17 mars, il nous offrait une nouvelle facette de son univers, en publiant l’EP de remixes de Fram sorti sur Relief Records, label qu’il créé aux côtés de son bras droit, Lydsten.

Accompagné par quatre artistes, à savoir Nuage, Bottler Sad, Toh Imago et Glückskind, ce mini disque ouvre une nouvelle fenêtre de voyage, apportant une atmosphère qui diffère de l’originale.
Si on voyait ABRAN sur scène il y a moins d’un mois, on demande déjà à voir ce qu’il nous réserve pour la suite. 2023, c’est son année.

Fram Remixes, maintenant disponible partout !

[ALBUM] Fils Cara revêt son plus beau costume et sort son premier album, « Amaretto »

Qu’il est beau de voir les artistes évoluer, s’imposer dans le monde musical, grandir… et sortir leur tout premier long format.
C’est aujourd’hui le cas de Fils Cara signé chez Microqlima (soit dit en passant un de nos labels préférés), qui sortait vendredi dernier Amaretto, un premier album qu’il fait du bien d’écouter.

Alors qu’on le découvrait il y a maintenant quelques années avec son titre Nanna, il nous était obligé de suivre son évolution et son actualité. Entre 2019 et 2023, il n’y a qu’un pas… énorme que l’auteur-interprète a su emprunter pour en arriver là où il en est, avec toujours autant d’humilité et une évolution artistique épatante.

A travers Amaretto, Fils Cara met à l’honneur ses origines Siciliennes en présentant onze titres enivrants, qui nous feront danser comme revoir le monde d’une nouvelle manière (soit tout ce que nous recherchons à travers la liqueur italienne).

Mélangeant une pop solaire à de douces ballades, Fils Cara propose un disque d’une grande authenticité accompagné de son son habituelle humilité. Serait-il chanteur ? Poète ? Ou bien les deux en même temps ? Après l’écoute de cet album, nous n’avons plus aucun doute : Fils Cara chante des choses simples avec habilité, chante l’amour et la beauté du monde en faisant de ses chansons des poèmes, portés par une musique reconnaissable parmi tant d’autres, qui n’appartient qu’à lui.

Amaretto est un disque d’une grande beauté. On l’écoute une première fois, puis une seconde, et le temps semble s’arrêter. On commence alors à réécouter on ne sait combien de fois certains titres, comme Bébé dort sous la boule à facettes ou Mon plus beau costume, pour une seule et unique raison : c’est beau.
Voilà tout.

Si Fils Cara sort « seulement » maintenant son premier album, nous sommes déjà persuadés par le fait qu’il saura toucher toute personne qui l’aura en sa possession.

L’ascension de Fils Cara ne fait que commencer.

Amaretto, maintenant disponible.
En concert à La Maroquinerie, le 2 mai.

[INTERVIEW] Rencontre avec Awir Leon, artiste accompli, à l’aube de la sortie de « Love You, Drink Water », troisième album en solo

Certains artistes nous marquent des années en arrière, et reviennent d'un jour à l'autre sur le devant de la scène. C'est à ce moment là qu'on se rend compte que ces Artistes avec un grand A, continuent d'évoluer, en empruntant une direction encore plus jolie que précédemment.
Awir Leon en est l'exemple parfait.
Découvert sur une scène dite lambda dans le 95 il y a maintenant plus de cinq ans, se fut une joie immense de voir qu'un nouvel album était prévu pour cette année. Après avoir sorti les clips de Coming Home et de Stars, puis il y a 24 heures celui de A Million Other Days, il était grand temps pour Musicaléomentvotre d'aller à sa rencontrer. Si au premier abord cette interview peut paraitre classique, je me suis rendu compte qu'elle ressemblait surtout à une conversation à cœur ouvert, comme on en a peu faite.
Alors que la sortie de son troisième album, Love You, Drink Water approche à grands pas, rencontre avec un des artistes qui ne quittera pas de si tôt nos écouteurs.

C’est l’heure de l’interview.

MUSICALÉOMENTVOTRE : Salut François, comment est-ce que tu vas ?
AWIR LEON : Ça va très bien ! Je suis content que l’album sorte enfin, content d’avoir les concerts qui vont avec la sortie. Ça fait du bien de tout enclencher.

: C’est un très bel album, c’est super comme retour !
A.L : Merci !

: Pour continuer dans les questions un peu « basiques », est-ce que tu peux te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?
A.L : Bien sûr. Je m’appelle Awir Leon, je suis musicien, beatmaker, producteur, performeur et danseur. Je suis français mais installé à Amsterdam et je sors mon troisième album le 24 mars.

: J’aimerais qu’on fasse un petit retour sur d’où tu viens. Pourquoi Awir Leon ?
A.L : Léon c’est mon deuxième prénom, celui de mon grand-père, et que j’ai pris à l’origine quand j’ai lancé mon projet en solo. À la base j’étais dans un groupe, Unno, que tu connais ! Après avoir lancé mon projet solo sous le nom de Léon, j’ai eu un pote gallois plusieurs années plus tard qui, quand il parlait avec ses parents au téléphone, m’a fait aimer le langage welsh, je trouvais ça fascinant. Je lui ai donc demandé des mots en welsh, dont Awir qui veut dire « ciel et air ». Je ne l’ai pas vraiment pris pour la signification, mais surtout parce que j’adorais le mot.

: C’est beau ! Tu disais au début que tu étais à la fois musicien et danseur, art par lequel je t’ai découvert il y a quelques années maintenant…
A.L : Ah ouais ? Avec quoi ?

: C’était lors d’un spectacle à Saint Gratien (95) où tu faisais la musique d’un spectacle de danse, en live.
A.L : C’était Sunny ! Trop bien !

: C’était génial ! Et j’en profite pour en apprendre plus sur toi, et sur le lien que tu as avec l’art de manière générale ?
A.L : C’est beaucoup lié à ma mère qui a créé une école de danse dans le Nord, quartier où j’ai grandis. Elle n’a jamais été danseuse mais a toujours été passionnée et a voulu enseigner la danse et la rendre accessible dans le quartier. Il y avait des cours de qualité et ça a vite grossi ! À partir d’un moment, la municipalité l’a aidé et une école de musique a été créée au-dessus de l’école de danse. Donc avec mes frères et sœurs on a grandi là-dedans : ma mère donnait des cours jusqu’à 23h00, on squattait ! On avait de la chance car on avait accès à tous les instruments, et c’était le quotidien… au lieu de squatter dans le quartier *rires*.
C’est mon lien de base. J’ai une famille polonaise et on est tous un peu comme ça. J’ai l’impression qu’il y a un gros lien avec l’art. En tout cas, lors de nos fêtes de famille il n’y avait jamais de CDs, c’était toujours mon grand-père, ses cousins, qui sortaient des instruments et jouaient en live pendant douze heures d’affilée.

: Gros concert !
A.L : Carrément ! La musique était tout le temps présente. À la base j’étais surtout passionné de musique, je ne dansais pas quand j’étais enfant même si j’étais exposé à la danse. Je n’ai pas assumé avant mes 16 ans de danser au milieu du quartier, c’est toujours compliqué pour les gars… Mais ça s’est débloqué.

: C’était un peu la suite logique d’en faire toute ta vie, finalement.
A.L : Carrément ! Et c’est marrant car on est tous passés par là avec mes frères et sœurs, mais je suis un peu le seul à être resté dans ce milieu-là.

: Tu parlais de Unno, qui était un trio. Je vous ai vu en concert, je ne me rappelle plus où ni quand c’était, mais j’ai été marquée par une reprise de Sunny, que j’écoute encore beaucoup aujourd’hui… est-ce que tu peux nous parler de cette époque ?
A.L : Ce trio a commencé par un duo avec Joachim. À cette époque je faisais que des instrus pour des rappeurs, avec quelques chansons timidement, et Joachim était plutôt beatmaker ; j’ai commencé à rapper sur ses instrus qui étaient et sont toujours mortelles. Au fur et à mesure, on a appris à se connaître et on s’est rendu compte qu’on avait tous les deux beaucoup d’influences au-delà du rap et ça s’est vite étendu à d’autres genres : de l’électro, de la soul, de la bossa nova… tout ce qu’on avait en commun. Deux ans après on a rencontré Abraham, qui est aussi un beatmaker, chanteur, compositeur. Il nous a rejoint et ça a encore plus augmenté le nombre d’influences et nos envies. C’était un joyeux bordel *rires*.

: Et pour parler des influences justement, quelles sont les tiennes ?
A.L :  Il y en a beaucoup… ! Il y a un album que je cite tout le temps car il est dans ma vie depuis très longtemps : Mama’s Gun d’Erykah Badu. Ou encore Voodoo de d’Angelo… c’est un peu les albums qui tiennent. Après, en étant ado j’ai beaucoup été influencé par Mos Def, encore Erykah Badu, J Dilla. Et de là je suis parti vers des beatmakers comme Flying Lotus qui ne faisaient pas que des sons pour des rappeurs mais qui sont devenus des entités en elles-mêmes, ce qui m’a ouvert vers des choses plus électroniques comme James Blake ! Ces dernières années, les grosses influencent que je peux citer vont de Franck Ocean à Radiohead, en passant par Jimmy Hendrix différemment…

: Tout un package !
A.L : Ouais ! Et là, je ne vais pas te mentir, ça doit faire deux ans qu’à la maison je n’écoute que de l’afro-beat *rires*.

: Ce qui permet une ouverture vers quelque-chose de nouveau…
A.L : C’est sûr que ça va commencer à déteindre sur moi *rires*. Et puis, je ne vois pas vraiment l’intérêt de se limiter dans quoi que ce soit. Même jeune, je ne me suis jamais revendiqué d’un genre, même quand je n’écoutais que du rap. Ça reste ma base culturellement mais ce que je fais aujourd’hui est loin de ça. Ça l’est dans l’esprit mais pas forcément dans la forme.

: Disons que quand tu as la possibilité de tout faire, autant en profiter et se lâcher.
A.L : C’est clair.

: Pour revenir encore plus dans le passé, tu composais à l’époque de la musique pour des compagnies de danse, dont Emmanuel Gat. Comment tu arrivais à lier ta musique, avec Unno et en solo, et en même temps continuer d’accompagner la compagnie ?
A.L : Là je compose toujours pour des pièces de danse, notamment avec Amala Dianor, et ça prend du temps mais j’adore ! Il y a une certaine liberté, des choses que tu peux faire dans une bande son que tu ne peux pas forcément faire dans la musique pop, notamment avec des textures. Il y a vraiment ce plaisir-là de répondre à ce que je vois et à la demande du chorégraphe, de donner ma lecture de la pièce en plus de ce qui a été écrit. Pour moi, c’est vraiment différent et c’est un peu l’endroit où j’expérimente le plus. Les projets se nourrissent, mais c’est vrai que ça prend du temps.

: J’imagine bien. Enfin, parlons maintenant de ce troisième album, qui sort donc le 24 mars. J’ai ouïe dire que tu avais écrit et composé certains titres lors d’une certaine tournée, pendant laquelle tu étais en première partie des concerts de Woodkid. Je voulais savoir comment s’était passé cette tournée, et surtout ce que tu as ressentis lorsque tu jouais tes titres devant un public qui te connaissait… ou pas du tout.
A.L : Oh là ! La tournée de Woodkid était absolument mortelle ! On est entrés en contact en 2017 après mon premier album Giants. Il est tombé sur l’album, il m’a contacté et on a fait du son ensemble plusieurs fois. Et puis à un moment il m’a proposé cette tournée, qui a été décalée avec le Covid mais qui a fini par se faire. Pour moi, c’était une tournée en étant dans son groupe mais aussi en tant que première partie, j’ai surkiffé. Jouer dans le groupe c’était génial, et pouvoir montrer ma musique avant, dans des salles énormes auxquelles je n’ai pas encore accès, c’était fantastique. Beaucoup de gens ont découvert le projet grâce à cette tournée, j’ai rencontré beaucoup de monde et ai pu expérimenter le fait de jouer dans des grandes salles. Ça te fait regarder la musique différemment, avoir une nouvelle approche de la composition ; c’était vraiment constructif.

: Vous aviez fait combien de temps de tournée ensemble ?
A.L : En tout on a fait deux ans. On avait compté, ça tournait autour de 80 dates ! Et puis… tu jouais dans l’acropole d’Athènes *rires*, c’était une salle et un public mortel, qui était vraiment là pour la musique.
Pour répondre à ta question sur les tracks de l’album, en fait il y a eu trois paquets de morceaux dans l’album. Un premier qui a été écrit comme les deux albums précédents, c’est-à-dire moi, seul à la maison, avant de passer en post-production avec mon équipe et mes potes de base. Ma clique quoi ; mais ces morceaux partent vraiment de moi. Il y a eu une seconde phase qui est venue de la tournée de Woodkid, j’ai écris des morceaux pour le live… et le fait que la tournée ait été décalée finalement c’était bien car une fois arrivée, je n’avais plus du tout envie de jouer les sons de l’album précédent, Man Zoo. J’avais envie de nouveau et je continuais d’adapter au fur et à mesure des lives. Du coup, les morceaux qui sont dans l’album sont les morceaux approuvés par le live *rires*. C’est génial car à l’époque, c’est comme ça qu’ils faisaient : d’abord tu jouais les morceaux sur scène, et seulement après, tu les sortais (et ce processus-là a vachement de sens…).
Il y a eu une dernière phase de morceaux qui viennent d’une semaine de studio où j’étais avec la même équipe. On s’est tous calés avec un instrument, comme un groupe traditionnel. On écrivait le morceau et on l’enregistrait en une prise ; c’était une semaine tellement productive qu’il y a la moitié de l’album qui a été écrite pendant cette semaine.

: C’est ouf. Il y a aussi un morceau dans cet album que tu as sorti il y a quelques temps…
A.L : Anthem Grey !

: Exactement ! Pourquoi avoir choisi de mettre ce titre là et pas un autre ?
A.L : Il fait partie de cette génération de morceaux là pour moi. La raison pour laquelle il y a eu tellement de distance entre la sortie de ce titre et le reste, ce n’était pas vraiment artistique, c’était plutôt chiant *rires*. En tout cas, artistiquement pour moi, il appartenait à cet album-là.

: Donc il est dedans ! J’aimerais bien aussi qu’on revienne sur le titre de ton album, Love You, Drink Water, qui peut paraitre anodin… mais pas tant que ça.
A.L : L’histoire est trop mignonne. J’ai fait un post d’ailleurs sur Instagram où j’explique l’histoire, et tout le monde commente « Oh c’est trop mignon » etc…

: Oh c’est mignon, on va acheter *rires* !
A.L : *rires* L’histoire est très simple en fait. Ma nièce Viola avait trois ans à l’époque, je la gardais et quand ses parents sont venus la chercher elle m’a dit « Love you, drink water ». C’était à un moment de ma vie où je n’étais pas au mieux de ma forme ; ça m’a touché par rapport à tout ce qu’il se passait dans ma tête. C’était une sorte d’éclair de simplicité et de clarté auquel je me suis beaucoup accroché après. Il me semble que j’avais terminé d’écrire l’album quand elle m’a dit ça, et c’est devenu une espèce de mantra que je voulais répéter au gars que j’étais pendant que j’écrivais l’album : prend soin de toi, quoi.

: Et par rapport à l’album, tu as déjà sorti deux singles et deux clips : Coming Home et Stars. On ressent tout le temps la notion de mouvement, que ce soit dans la voiture ou en dansant, ce qui fait d’ailleurs ta « marque de fabrique ». Comment tu analyses cette notion ?
A.L : Je pense que même inconsciemment je fais tout le temps des morceaux pour danser, même si ce n’est pas toujours une évidence, que ça nous fait danser d’une autre manière. Il y a tout le temps du mouvement dans mes morceaux, aussi par rapport au fait de voyager, même si c’est juste marcher dans la rue ou prendre le train. En tout cas quand je compose, j’ai besoin que ça me transporte quelque-part et j’ai l’impression que ça a cet effet là sur les gens aussi.

M : Oui je confirme, et c’est très beau. De qui tu t’entoures justement, pour réaliser tes clips ?
A.L : Pour Coming Home, c’est Neels Castillon (qui avait aussi fait le clip de Anthem Grey) ; et pour Stars, c’est Ella Hermé. Et il y a encore deux singles avant la sortie de l’album…

M : Oh ! Ça tease !
A.L : Oui, ça arrive bientôt ! C’est A Million Other Days (ndlr : disponible depuis 24h) et Neelam Stone, avec des clips… plus ou moins *rires*.

: Gardons le mystère ! Et alors, comment se sont passées ces collaborations, toujours pour les clips ?
A.L : Avec Neels on a travaillé sur un projet qui s’appelait Mains, en Islande ; c’est à ce moment qu’on est devenu très potes et c’était une évidence. Et pour Ella, je l’ai découverte grâce à mon manager, j’ai beaucoup aimé son travail. C’est intéressant de bosser sur l’image et d’essayer de trouver quelque-chose de différent à chaque fois.

: Pourquoi alors, sortir ces titres là en premier, pour annoncer l’album ?
A.L : *silence*, c’était l’instinct. Pour Coming Home, ce n’était pas forcément prévu comme ça, et je trouve qu’en plus c’est plutôt un titre de fin d’album, mais la sensation correspondait bien au moment. Et puis c’est toujours compliqué de savoir quel morceau il vaut mieux sortir en premier, il y a tellement de styles différents dans cet album… dans tous mes albums mêmes. J’ai envie de montrer aux gens qu’il va y avoir beaucoup de styles, sans pour autant les perdre non-plus. Beaucoup de personnes m’ont découvert avec Wolf et le titre qui est sorti juste après était Anthem Grey. Je pense que si tu me découvres avec Wolf et que le truc d’après est Anthem Grey, je me mets à la place des gens et soit tu es d’accord avec un artiste qui fait ce qu’il veut, soit non.
Je trouve que c’est cool de briser les barrières purement marketing. Enfin, ce serait peut-être plus facile de me vendre mais bon *rires.

: Oui mais bon, est-ce que tu ferais vraiment ce que tu aimes ? On ne sait pas, alors autant briser les codes.
A.L : Exactement ! Moi, les artistes qui m’ont fait du bien quand je grandissais et encore maintenant, c’est ceux qui ont toujours été honnêtes en faisant ce qu’ils veulent. Et je crois encore à ça !

: Revenons sur ton public, qui continue de te découvrir. Au tout début de notre discussion, tu parlais des quatre dates qui vont accompagner la sortie de ton album. Comment tu te sens ? Pressé ?
A.L : Ouais ! Là je travaille sur le set et ça va être un super bordel, j’ai trop hâte ! *rires* Le 17 mars à La Boule Noire (Paris), le 18 au Volta (Bruxelles), le 20 à Badehaus (Berlin) et le 21 au Lower Third (Londres).
Ce sont mes premières dates en headline, ça va être très cool ! Je me suis toujours demandé ce que ça faisait de jouer devant des gens qui viennent te voir toi, qui connaissent tes morceaux… jusque maintenant je n’ai fait que des premières parties où le seul but est de convaincre.

: Alors que là…
A.L : C’est complètement différent. Je peux m’amuser à faire ce que je fais d’habitude en live, c’est-à-dire des versions différentes. Et là, je peux le faire tout en sachant que la plupart des gens qui seront là connaissent l’originale, donc pourront capter ce qui a changé entre les deux versions, et rien que ça c’est mortel déjà.

: Et c’est un peu comme une mini tournée !
A.L : Grave ! Et j’espère que ça va bien se développer derrière.

: Alors résumons : la sortie de l’album, les quatre concerts… et après ?
A.L : J’espère tourner, donc que l’album sera écouté. Je suis un gars de la scène, c’est ce que j’aime faire !

: Tu préfères la scène au studio ?
A.L : J’adore les deux, mais ma vraie place, c’est la scène. Je pense honnêtement que je suis meilleur sur scène qu’en studio *rires*. J’ai tendance à beaucoup me prendre la tête, et contrairement au studio, cette sensation disparais en concert. J’adore ça.
Et puis il y a aussi le chorégraphe dont je parlais, Amala Dianor. On va monter une pièce de danse et vidéo ensemble, qui sera au Philarmonie à Paris pendant Days Off. C’est trop bien ! Il va reprendre le set que je créer pour mars, et chorégraphier un solo de danse pour moi là-dessus, en faisant une vidéo en live. Donc je jouerai en même temps que je danse *rires*.

: C’est extrêmement bien comme concept !
A.L : Ouais ! Ça faisait longtemps que je voulais faire ça avec lui donc c’est génial.
On travaille aussi sur sa nouvelle pièce à lui, dont la première est en décembre et j’ai super hâte car il veut que je fasse une bande-son club. Je fais beaucoup de musique club mais que je garde un peu pour moi… alors ce sera vraiment la première. Je pense que pour les prochaines années, j’ai vraiment envie de lâcher tout ce que je sais faire. C’est possible qu’il y ait des projets plus expérimentaux, plus club… des choses vont se passer ! *rires*. Je suis très productif sur plein de choses, mais j’en ai gardé un peu trop pour moi. J’ai voulu clarifier un petit peu le message d’Awir parce qu’on disait que j’étais trop bordélique, et je ne suis pas d’accord avec ça… donc je vais aller dans l’autre-sens ! *rires*

: *rires* c’est génial ! En tout cas j’ai hâte de tout découvrir. L’année va être trop bien !
A.L : Grave, moi aussi j’ai hâte !       

AWIR LEON, troisième album Love You, Drink Water, disponible le 24 mars.
En concert à La Boule Noire le 17 mars.

[INTERVIEW] Des réseaux sociaux à la sortie de son premier EP, rencontre avec Zélie à travers « Zélie c’est quoi ? »

Zélie c'est qui, Zélie c'est quoi ?
Zélie, c'est un petit bout de femme bourrée de talent, déjà connue sur les réseaux sociaux grâce au partage de compositions et de reprises. Zélie, c'est un mélange de pop, de musique urbaine et de variété. Zélie, c'est aussi et surtout un premier EP de neuf titres, Zélie c'est quoi ?, qui sort chez Low Wood le 24 février.
Assises à travers les brouhaha d'un bar aux Buttes Chaumont en début de semaine, Zélie a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions. On parle de jeunesse, de collaborations presque faites sur des coups de têtes, ou encore de la fame qui arrive à plein nez.

C’est l’heure de l’interview.

Musicaléomentvotre : Pour commencer, santé !
Zélie : Santé à toi aussi !

M : Comment est-ce que tu vas ?
Z : Je vais très bien, de manière générale. Ça démarre tout juste, et à chaque fois qu’un média s’intéresse à moi je suis très contente.

M : Est-ce que tu peux te présenter à ceux qui ne te connaissent pas encore ?
Z : Je m’appelle Zélie, j’ai 21 ans et je suis autrice, compositrice et interprète. Je fais de la pop francophone depuis deux ans ; c’est un univers qui mélange de la pop « classique » avec des pianos-voix et une petite touche urbaine dans certaines façons de poser.

M : Tu dis que ça fait deux ans que tu fais de la musique, mais qu’est-ce qui avant tout t’a donné envie d’en faire ?
Z : Ça fait deux ans que le projet est plus concret dans ma tête et avec l’équipe avec laquelle je travaille… mais ce qui m’a poussé à faire de la musique c’est, comme beaucoup, cette envie d’être une star quand j’étais petite. Je faisais des spectacles à mes parents, ils m’ont offert un micro Star Academy quand j’avais 7 ans et j’ai écrit une chanson qui s’appelle Noël, pour Noël. J’ai toujours aimé l’art, en ayant fait toute une scolarité de danse étude, en ayant toujours aimé chanter, danser, faire du théâtre…
J’ai commencé à composer quand des amis m’ont offert un ukulélé, pour mes 16 ans. C’est hyper simple, j’ai appris des accords sur YouTube pour apprendre à chanter Yeux Disent de Lomepal, pour ensuite chanter mes compos. En terminale j’ai découvert Garage Band et c’est trop bien car, une fois que tu connais quelques accords, tu peux tout faire.

M : Si on revient un peu sur tes influences, tant pop que urbaines, peux-tu citer des artistes ou œuvres qui t’ont inspiré ?
Z : J’ai d’abord découvert la pop à travers Angèle, assez tôt dans sa carrière, à un moment ou ni moi ni mes potes écoutions de la pop française. Elle est arrivée avec des mots assez simples sur des airs entrainants et puis je suis allée la voir quatre fois en concert en me disant « ça donne envie ».
J’ai ensuite découvert beaucoup de femmes qui font de la pop francophone comme Clara Luciani, Adé, c’est super inspirant ! J’écoute aussi et depuis toujours Disiz, Orelsan et Lomepal pour leurs textes et la manière de poser ; et tu vois, celle qui lie les deux c’est un peu Emma Peters, je suis une grosse fan. Et puis, ma plus grosse influence pour tout ce qui est textes « intimistes », c’est Ben Mazué : il n’y a pas un texte ou je ne me dis pas « mon dieu ». L’avoir vu en concert c’était un peu un deuxième déclic, je crois que je me suis vraiment dit que je voulais faire ça pour moi, et pas que pour faire danser les gens. J’ai envie qu’ils se disent que ma musique est monstrueusement proche de ce que je suis.

M : Et d’ailleurs je trouve que ça se ressent vachement dans ton EP, Zélie c’est quoi ? qui sortira le 24 février. Comment tu te sens ?
Z : *rires* Ouah ! Là je commence un peu à m’impatienter. Je pense que quand tu commences à faire de la musique, tu ne te rends pas forcément compte du temps que ça prend ; tu composes tout le temps des nouvelles chansons, et en même temps celles que tu vas sortir sont super importantes pour toi. En vrai, cet EP c’est la moi d’il y a six mois, donc j’en suis hyper contente et fière, il me représente vraiment très bien. Il est fait de hauts et de bas, de tout ce que j’ai pu ressentir cette année.

M : Tu disais justement que là tu étais vraiment accompagnée par toute une équipe. Certains le savent et d’autres non, mais tu es d’abord passée par une période réseaux sociaux où tu t’es notamment faite remarquer avec une super reprise de Au Revoir mon Amour de Dominique A. Est-ce que tu penses qu’à notre époque les réseaux sociaux sont très importants, notamment en tant que jeune artiste ?
Z : Oui carrément ! C’est propre à chacun, il ne faut pas se forcer, mais ça m’a en tout cas énormément servi. Et même avant TikTok, quand la mode était vraiment Instagram ! C’est ce qui m’a permis de me faire connaître ; une fois par semaine je postais un extrait d’une compo, n’importe qui pouvait tomber dessus et les algorithmes sont intelligents… Après, il ne faut pas oublier de se focus sur sa musique, pourquoi on le fait et ce qu’on veut raconter, mais les réseaux sont étonnants. Il y a des gens qui sont bienveillants, qui comprennent ce que tu dis, qui s’identifient et ça permet vraiment de toucher autre-chose que ton premier cercle.

M : Tant que c’est utilisé à bon escient…
Z : Je pense qu’il faut trouver la bonne manière d’être soi-même, ce qui est compliqué mais pas impossible. Moi je tombe sur un milliard de choses différentes, et je me dis que chacun y trouve sa place.

M : Justement, après la sortie de compos et de reprises sur les réseaux, place à l’EP. Tu sortais tout début décembre un nouveau titre, Zélie c’est quoi ?. Est-ce que tu l’as sortie comme si c’était une carte de visite, avant de déballer la vraie Zélie ?
Z : Carrément même si je ne considère pas encore que l’EP réponde à la question, car il parle beaucoup de questionnements. Mais j’ai sorti ce titre un peu en « avant-première » car il est très différent de ce que je faisais jusque-là ; avec Zélie c’est quoi ?, j’assume le côté avec un peu de débit et les kicks dans les couplets. Ça faisait longtemps que je voulais me séparer un peu de la « pop classique », c’est une manière de dire que la suite ne ressemblera pas forcément à ça, et que je ne vais plus ne parler que d’amour. En ce moment je n’ai pas trop envie d’en parler, car tout va très bien pour moi… je ne souffre pas et n’ai plus rien à dire ! *rires*.
Donc, c’était clairement une façon d’introduire le titre de l’EP, de montrer qu’on parlera de moi, de qui je suis au sein d’un projet… suis-je un projet ? Ou une personne ?

M : Tu abordes plusieurs thèmes dans ce disque, notamment l’amour, la jeunesse, les questionnements qu’on a tous à nos âges. Et tu parles aussi de la « fame ». Tu la vois et vis comment, toi ?
Z : Ça m’inquiète pas mal car les gens ne s’identifient pas forcément : tout le monde ne veut pas devenir célèbre. Je me suis demandé comment je pouvais en parler dans les chansons, c’était un peu un défi pour ne pas passer pour l’artiste qui raconte sa vie… mais je crois que ça m’aide vraiment d’en parler, ça me fait garder les pieds sur terre. C’est vrai que ça me stresse un peu, j’ai peur que mon projet prenne énormément de place et que je ne sache plus comment profiter des plaisirs de la vie, de mes proches, de ma famille, de mon amoureux. Quand j’écris, je pose plein de choses et de questionnements, ce qui concrétise ce que je ressens… et je me dis qu’en vrai, ça va.

M : C’est une des choses que j’ai notés. Ton EP c’est à la fois une carte de visite, et à la fois on apprend beaucoup d’e choses d’un coup sur toi. Mais, pas tout non-plus car il faut garder du mystère…
Z : *rires* et encore, il n’y en a pas beaucoup !

M : Tant mieux ! À un moment je me demandais quelles pouvaient être tes influences, mais en réalité je pense que tu es ta propre influence. Tu parles de toi, de ce que tu connais et de ce que tu vis. C’est un peu comme si tu te livrais comme dans un journal intime, mais en musique.
Z : C’est exactement ça ! Quand je dis le mot « journal intime » j’ai l’impression de sonner comme un cliché, mais en vrai est-ce que ce n’est pas le fil conducteur de chaque artiste ? Par exemple, je ne suis pas très forte pour écrire sur les histoires des autres, j’essaye car je ne peux m’inspirer que de moi-même, je n’ai pas tout vécu, mais pour l’instant le plus facile pour moi est d’analyser ce que je ressens et de l’écrire à ma manière. Je ne suis pas Bigflo et Oli qui eux sont très forts pour parler des problèmes de société, etc…

M : Et puis il faut aussi avoir du vécu.
Z : Mais oui, et peut-être qu’à un moment je n’aurai plus rien à écrire sur moi. J’ai hâte d’avoir un enfant aussi, pour pouvoir écrire dessus ! *rires* Je me dis que ça doit donner tellement d’idées… comme pour Ben Mazué !

M : Quel bel album…
Z : C’est fou ! Il dit vraiment la vérité dans des chansons qui parlent de la vie de papas passé 30 ans (ndlr : dans Semaine A / Semaine B) et je trouve que c’est super rare.

M : Dans ton EP… il y a deux feats qui marquent un peu ton envie de kicker. Comment se sont passées ces collaborations ?
Z : Le premier feat est avec Martin X sur Sable. C’est un ami avant même de faire de la musique. À la base le morceau ne devait même pas sortir sur les plateformes : on avait un concert en commun, avec une chanson qui sortait en même temps et on a voulu la faire sur scène pour lier nos deux sets. On a terminé le morceau qu’on a trouvé très cool, et au final cette collaboration s’est fait de manière très naturelle, pas du tout basée sur un objectif précis.
Et pour le deuxième feat, c’est avec Genezio que je connais du label (Low Wood). C’est le dernier morceau qu’on a ajouté au projet, il y a… trois semaines ! *rires* J’étais en studio avec Medellin qui est un des principaux beatmakers, j’ai écrit Drogue Douce que Genezio a entendu car on met la musique TRÈS forte à Low Wood. Avec Guillaume (ndlr : un producteur), ils ont trouvé que c’était cool et que ça pourrait être sympa de poser dessus. On ne se connaissait pas très bien mais il était très à l’aise : il a écrit son couplet, posé dessus, on a écouté et je trouvais ça trop cool qu’on ne se connaisse ni d’Adam ni d’Eve, mais qu’il comprenne tout de suite de quoi je parlais, tout en y ajoutant sa patte.

M : Ça a carrément matché en fait !
Z : Ouais ! Let’s go !

M : J’en profite pour parler d’une troisième chanson, Merci qui ouvre ton EP : j’ai ouïe dire que tu l’avais écrite après un certain concert sold-out aux Trois Baudets. Pourquoi l’avoir mise au tout début de l’EP ?
Z : J’ai écrit la chanson parce que je ne faisais que pleurer le lendemain des Trois Baudets. Car oui, le bonheur ça fait mal ! J’étais très émue de voir autant de personnes devant moi chanter mes chansons, venir me voir… Parfois je me rends compte que souvent on s’inspire de nos histoires, qu’on en sort des chansons, des gens viennent vers nous pour nous dire qu’ils sont émus, donc on est aussi émus et on réécrit des chansons… c’est un cercle vicieux qui est DINGUE. Je n’avais jamais vu des gens que je ne connais pas dans le public et je trouvais intéressant de faire une chanson qui parle du fait de faire des chansons.
Et pourquoi la mettre en intro… on l’a aussi rajouté au dernier moment ! C’est la chanson qui m’a servis d’annoncer Zélie c’est quoi ?, et à un moment je chante « Je sors un EP et c’est délirant ». On s’est dit que c’était une manière très honnête et simple d’ouvrir l’EP, on n’a même pas retravaillé la prod ! J’avais envie qu’on l’entende en premier car si le public écoute au moins la première chanson, ils sait un peu à quoi s’attendre pour la suite.

M : Et ça donne très envie de découvrir le reste !
Z : Peut-être que j’ai un peu fait l’ordre par rapport à ça… Imagine ceux qui vont s’arrêter au milieu de l’EP car ils n’ont pas le temps de l’écouter ? C’est pour ça que j’ai mis les meilleures chansons en haut ! *rires*

M : En parlant comme ça de concerts, j’imagine que d’autres choses sont prévues pour la suite ? Qu’est-ce que tu prépares ?
Z : Oui ! On fait une release party le 23 février pour être tous présents à minuit au MobHouse à Saint-Ouen. C’est un hôtel super cool, un peu bobo, un peu hipster. C’est de 20h à 00h et à 21h30 je vais huit chansons en piano voix, pour qu’on voit l’aspect plus intimiste des chansons, qu’on s’attarde vraiment sur mes mots. J’ai trop hâte !

M : Tout pareil ! Je vais arriver sur la fin avec deux dernières questions que j’aime bien poser. La première, qu’est-ce qui t’a marqué récemment, en musique ?
Z : Oh, il y en a trop ! Mais récemment comment ?

M : Ce qui t’a marqué, que ça soit sorti il y a vingt ans ou quelques jours.
Z : Ah bah ! Je réécoute vachement La Terre est Ronde d’Orelsan ! *rires* Et sinon j’ai découvert Yoa récemment, je suis bluffée ; je me dis que ça faisait longtemps que je n’avais pas aimé tous les sons d’un projet. J’ai raté son concert à cause d’un examen de danse classique… tout ça pour arrêter la danse ! J’ai revendu ma place et c’était horrible.
Autrement j’adore Poids Lourd de Disiz car elle est incroyable. C’est un beau micmac de je chante, je kick, je vous fait pleurer et en même temps il y a des drums cool.

M : Il sait tout faire. Ma dernière question se tourne vers l’avenir. Qu’est-ce qu’on pourrait de souhaiter de mieux ?
Z : De me trouver un public un peu plus large grâce à l’EP, que ça ne floppe pas. De pouvoir rencontrer les artistes que j’aime, de continuer de collaborer. Ça ne fait pas si longtemps que je fais de la musique donc je sais que je peux encore explorer. C’est de ça dont j’ai le plus hâte. J’ai envie de faire encore plus spécial, plus original, de découvrir des artistes qui m’inspirent comme des Yoa ou des Johnny Jane, de pouvoir collaborer et d’en apprendre plus sur moi-même.

M : Et voilà. Au début on se disait Zélie c’est quoi ? et au final, c’est ça, Zélie.
Z : Et oui, merci.

Zélie c’est quoi ? le premier EP de Zélie, sera disponible le 24 février.
En concert au MobHouse de Saint Ouen le 23 février.
En concert au Badaboum le 18 mars.

[CLIP] On ne se lasse plus de Claude

Il aura fallu laisser passer deux premiers singles avant d’enfin écrire sur Claude, ce personnage à moustache, cet énergumène dont tout le monde parle, cet Artiste poète des temps modernes. Mieux vaut tard que jamais, il est de retour alors on en profite.

Claude est de ces artistes qu’on découvre un peu par hasard, ou qu’on nous fait écouter au détour d’une conversation. Et puis au final, c’est une évidence. Et pour preuve : c’est dans un lapse de temps record que Claude faisait sold out pour ses quatre concerts au Pop Up! du Label. Chapeau l’artiste.

Après avoir sorti Bientôt la Nuit et La Fille de Bennington, il revient désormais avec un nouveau clip, Les Accords de Lenny.

Revêtant son plus beau costume, c’est finalement derrière une tonne de muscles que Claude nous chante au creux de l’oreille une chanson d’amour. Comme quoi, même les super héros peuvent avoir un brin de sensibilité. Portée par une voix reconnaissable parmi des dizaines, Les Accords de Lenny est une balade à travers laquelle Claude s’ouvre, et témoigne de sa reconnaissance envers ce qui lui est offert : les vacances, l’hivers, Berlin. On l’entend une fois et soudain, on ne s’en lasse plus.

[ALBUM] FLIRT sort « Pour Un Flirt Avec Toi », sa première compilation, et célèbre l’amour du son

C’est en ce mardi 14 février qu’on a décidé de célébrer l’amour… du son, des clubs, de la musique électronique. Aujourd’hui sort Pour un Flirt avec Toi, la première compilation de FLIRT, le collectif parisien et actif depuis 2019, devenu désormais label avec la sortie de ce Various Artists.

Composé par des amateurs et surtout passionnés de musique électronique sous toutes ses formes, le collectif a déjà bien souvent fait danser un nombre incalculable d’amateurs du genre musical, notamment au Badaboum, au Pavillon des Canaux, au Petit Bain ou encore plus récemment au Dock B. Et si on en croit tous ceux qui ont déjà passé une tête lors de ces évènements, ça vaut le détour.

Alors, c’est pour notre plus grand plaisir que cette compilation nous appartient désormais.

À cette occasion, une sélection pointue d’artistes émergents venus d’Europe se sont donné rendez-vous, présentant alors des tracks qui ne pourront qu’enchanter les férus de musique électronique.

Paris, Berlin, Lyon, Turin, Buenos Aires… en plus d’être une ode à la musique, ce Various Artists n’est autre qu’un grand voyage (et il y en a pour tous les goûts).

À retrouver dans Pour Un Flirt Avec Toi ? Un mélange parfaitement bien dosé de tracks ambients, techno hypnotique, fast trance, drum & bass, jungle, techno ; de synthés modulaires ou de basses.

Quiche Cheef – 000000016 – Young Lychee – DJ Mischkonsum – Eiyie – Jack Jeane & André 25000 – DJ Karawai – Kindof
Lauree DJ – LV Amaj – Maximum Trauma – New Dawn Fades – Noti x Rapip 69 – Submarine FM – Mathis Ruffing

Afin de fêter cette première compilation, FLIRT nous invite à célébrer la musique électronique en avril, au Petit Bain.
Rendez-vous sur le dancefloor.

Pour Un Flirt Avec Toi,
maintenant disponible partout !

[INTERVIEW] Gabi Hartmann sort son premier album éponyme. Rencontre avec une artiste qui remet le jazz au goût du jour

Alors que nous vivons à une époque où nous n'avons que les mots "pop" et "musique urbaine" à la bouche, certain.es artistes puisent dans diverses influences pour créer une musique qui les démarquent des autres.
Après avoir avoir énormément voyagé et fait une multitude de rencontres qui l'inspireront pour écrire et composer sa musique, Gabi Hartmann nous livre un premier album éponyme.
Elle casse les codes.
Mélangeant pop, variété, jazz, bossanova et musique du monde, Gabi Hartmann nous offre un disque de quatorze titres, nous emmenant alors en voyage durant sa lecture. Rencontre avec une artiste globetrotteuse à la soif de rencontres, qui remet le jazz au goût du jour. 

C’est l’heure de l’interview.

Musicaléomentvotre : Salut Gabi, comment est-ce que tu vas ?
Gabi Hartmann : Ça va ! C’est beaucoup de boulot en ce moment avec la sortie de l’album mais je suis contente qu’il soit sorti. On fait beaucoup de promo mais ça va. On a fait un gros concert mardi (ndlr : 24 janvier) à La Seine Musicale, il y avait 950 personnes, c’était énorme ! Je redescends petit à petit.

M : Je n’ai pas pu assister au concert mais on en reparlera ! Est-ce que tu peux te présenter à ceux qui nous lisent et ne te connaissent pas encore ?
G.H : Oui alors, je suis née à Paris, je chante et j’écris des chansons. Je suis autrice, compositrice, musicienne, chanteuse. Je viens de sortir mon premier album le 13 janvier.

M : On va revenir un petit peu sur ton parcours. A titre personnel, je caractérise ta musique comme étant une sorte de beau mélange entre de la chanson, du jazz, un peu de bossanova et plein d’influences différentes. Je voulais savoir comment est-ce que toi tu t’es dit « j’ai envie de faire de la musique ma vie ».
G.H : C’était une passion depuis toute petite, j’ai toujours vibré énormément avec la musique. C’est un art qui m’a toujours touché sans explications, il n’y a pas un élément déclencheur ; mon père m’a poussé à faire du piano classique, j’aimais chanter. Ça a vraiment commencé au lycée, en enregistrant les premières maquettes, en composant avec des copains du lycée en jouant et en faisant des reprises. Puis je suis allée au conservatoire, j’ai étudié le jazz et la guitare… et j’ai appris la musique dans mes voyages, notamment au Brésil où j’ai vécu.

M : Est-ce que le fait de partir vivre à l’étranger t’a aussi donné l’envie de chanter dans différentes langues ?
G.H : Je chantais déjà en anglais et en français. Je pense que dans le jazz, c’est très commun de chanter dans plusieurs langues, comparé à la chanson, et les artistes jazz que j’écoute le font, d’ailleurs. J’ai voulu casser les codes avec cet album, en faisant des chansons sans m’empêcher de chanter dans plusieurs langues. J’ai voulu casser les codes des genres.

: Tu disais que tu écoutais certains artistes qui mélangeaient les langues. Quels sont ceux qui t’inspirent ?
G.H : Je pense à Rodrigo Amarente qui est brésilien, à Melody Gardot qui m’a beaucoup influencée, Henri Salvador qui chante en créole et en français… il y a beaucoup d’artistes, mais je dirais que ce sont eux principalement qui m’inspirent.

M : J’aime beaucoup aussi ces artistes car j’ai l’impression de voyager avec eux !
G.H : Tout à fait.

M : Et penses-tu qu’il est nécessaire de voyager, notamment pour écrire et être inspirée ?
G.H : Oui, je pense que c’est très important ! Ça me donne de nouvelles inspirations à chaque fois que je voyage, que je fais des nouvelles rencontres. Je vois des choses qui me marquent plus que si tu restes dans tes habitudes.

M : En 2021 tu sortais un premier EP, Always Seem To Get Things Wrong. Est-ce que tu peux nous en parler un peu ?
G.H : Il s’est fait avant le Covid. Certaines chansons ont été enregistrées à Rio, d’autres à New-York. Je l’ai réalisé avec Jesse Harris, c’est assez fou. L’album est en fait une continuité de l’EP, ce dernier était un premier pas car je savais que j’allais faire l’album après. Et je chantais déjà en anglais, français et portugais !

M : Concernant l’EP, comment tu as vécu cette période où tout s’est arrêté ? Tu en as profité pour écrire les chansons qu’on retrouve dans ton album ?
G.H : J’ai beaucoup écris de nouvelles chansons, fait des reprises que j’adore, brésiliennes surtout. J’ai beaucoup réfléchis à ce que je voulais faire pour l’album, de quoi je voulais parler, qui je voulais avoir dans l’album. Il y a eu des périodes très difficiles et d’autres incroyables, c’était deux extrêmes. C’était long, certaines périodes où des gens sont décédés ont été horribles, et puis parfois il y avait des périodes de joie intense.
Avec les musiciens on se retrouvait tout le temps pour faire des jams, c’était beau. On était très proches avec un groupe d’amis donc on se voyait tout le temps, vu qu’on était dans la même situation.

M : Revenons-en à Gabi Hartmann, ton album. Comment as-tuprocédé pour l’écrire, comment tu t’es entourée ?
G.H : Il y a eu Jesse Harris à la réalisation, Félix Remy qui a enregistré et mixé beaucoup de morceaux, donc on a passé pas-mal de temps en studio, notamment pour trouver un son à cet album. Les chansons se sont faites au fil des années, j’ai voulu mettre toutes celles que je préférais dans le disque ! Des récentes que je n’avais jamais joué, et d’autres plus anciennes. Ça s’est donc fait au fil des années et des rencontres. Puis l’album s’est fait principalement entre Paris (au studio Pigalle) avec mes musiciens de Paris et entre New-York avec les musiciens new-yorkais avec qui Jesse travaille tout le temps.

M : Ce qui t’apporte aussi plein d’influences différentes des deux villes.
G.H : C’est ça !

M : On retrouve aussi dans cet album deux duos, l’un avec Julian Lage et Ghandi Adam.
G.H : Julian est un ami de Jesse, avec qui il a travaillé et c’est un grand guitariste de jazz. Et, j’ai rencontré Ghandi à Paris il y a quelques années, qui est un super flutiste.

M : Ce sont vraiment des beaux morceaux ! People Telle Me a d’ailleurs un clip. À travers ces derniers issus de l’album, on retrouve une ambiance très « rétro » ; pourquoi faire ce choix ?
G.H : On retrouve dans le clip de People Tell Me une référence aux années folles, l’époque des artistes surréalistes, l’époque de la naissance du jazz. C’était très important dans la société, dans les soirées et les bals. J’ai cherché dans cet album à faire ressortir un côté « nostalgique » de cette époque, puisque ce sont aussi les disques qui m’influencent le plus, les années 60 et 70 ; je pense notamment à Kita Novelle. C’est aussi une sorte d’hommage à cette époque, tout en le rendant actuel.

M : Tu disais en début d’interview que tu avais pu présenter ton album à La Seine Musicale… je n’y étais pas malheureusement, mais comment ça s’est passé ?
G.H : Ah ! On était six sur scène : guitare, piano, percussion, contrebasse puis les instruments à vent. On a passé trois jours à répéter ensemble, il y avait vraiment une belle énergie entre nous lorsqu’on répétait les morceaux qu’on n’avait jamais joué sur scène, c’était fort.

: Ça devait être impressionnant !
G.H : Ça va ! On a fait un gros festival de jazz pendant l’été et j’ai fait des premières parties à la Salle Pleyel et ça… c’était vraiment quelque-chose.

M : Et tu as donc joué devant 950 personnes… à une époque où le jazz n’est pas forcément le genre qu’on entend le plus ! Comment tu vois toi, artiste qui souhaite remettre le jazz au goût du jour, cet aspect-là de l’industrie musicale ?
G.H : J’ai envie de montrer dans cette industrie qu’on peut faire de la musique et ne pas être exclue d’une « case ». Là moi, je veux faire de la chanson, mais dans celle-ci il y a des influences diverses, dont le jazz et d’autres choses. J’aime pouvoir dire que je fais du jazz ET de la variété ; on peut très bien faire de la chanson, de la pop, tout en ayant les influences qu’on veut. L’appellation « pop » est très récente ! En France, la pop est très fermée à un certain style, il faut chanter de telle ou telle manière… alors qu’il faut simplement s’ouvrir à diverses influences. Mais ça bouge !

M : C’est grâce à des artistes comme toi qui osent briser les codes.
G.H : *rires* Et il en faut de plus en plus !

M : Pour 2023, est-ce que tu as déjà des choses de prévues ?
G.H : Je vais être aux Francofolies de La Rochelle le 14 juillet, je suis super contente. Et il y aura une date à Paris, le 27 novembre à La Cigale.

M : Et, qu’est-ce qu’on pourrait te souhaiter pour la suite ?
G.H : *rires* Euh… j’espère continuer à faire de beaux albums ! J’espère que différentes générations viendront me voir en concert ; la majorité des gens qui viennent sont un peu âgés et moi je veux essayer de casser ça, de jouer dans des salles pour toutes les générations.

M : Je ne doute pas sur le fait que tu vas réussir.
G.H : Merci merci merci !

Gabi Hartmann est disponible sur toutes les plateformes depuis le 13 janvier.
En concert à La Cigale le 27 novembre.

[ALBUM] Fidèle à son piano, Tim Dup est de retour avec « Les Immortelles », un album qui nous a bouleversé

Tim Dup est de ces artistes nés avec un don entre les doigts. Armé de son piano et de sa voix reconnaissable parmi mille autres, il a su comment s’emparer de notre coeur en 2016 avec un premier EP, Vers Les Ours Polaires. Déjà à cette époque, on avait la gorge tordue tellement de belles choses ressortaient de ce tout premier disque. Et puis l’ascension n’a fait que continuer.

Entre 2018 et 2021, Timothée Duperray de son nom complet sortait trois longs formats, plus intéressants les uns que les autres : Mélancolie Heureuse (2018), Qu’en Restera-t-il ? (2020) et La Course Folle (2021). C’est d’ailleurs grâce au cumul de tous ces titres qu’on fini par être réellement sous le charme de cet artiste.

Et puis vint 2023, une année que Tim Dup a su saisir d’emblée en nous offrant son quatrième album, Les Immortelles.

Les Immortelles, c’est un album de treize titres qui mettent une nouvelle fois en évidence le musicien et interprète qu’est Tim Dup, mais aussi et surtout sa musique authentique et touchante. Outre le fait que ce soit un magnifique album de chanson, on s’autorise à considérer que ce disque est également un recueil de poésie, mis en musique afin de l’apprécier encore plus, et sous un regard différent.

Les Immortelles est un disque bouleversant du début à la fin, et on ne peut s’empêcher de le réécouter une nouvelle fois dès que nous arrivons à son terminus. On voit le troisième titre qui porte le nom du disque comme une comptine, une berceuse ; tandis que certains titres tels que Les Larmes du Monde ou Le Club des 27 dépeignent une triste réalité qui nous touche absolument tous, laissant paraitre alors une urgence à se faire entendre. Ce disque est un mélange magnifiquement bien exécuté de douleur et de légèreté, et jamais on ne pourra enlever cela à l’auteur, compositeur, interprète, qualité devenue presque marque de fabrique.

Revenons sur cette question de don, dont on parlait quelques lignes plus haut.

Nous sommes certains que Tim Dup en bénéficie. Il chante des choses nobles et d’autres graves, passe de cris de rage à élans d’optimisme, se balade entre les pianos voix et les rythmiques dites plus hip-hop… tout en gardant une grande sincérité tant dans ses mots que dans ses notes, en passant par les clips. En nous offrant ce nouvel album, que nous reconnaissons comme étant un disque d’une grande maturité, Tim Dup se met à nu et ne craint pas de partager ses pensées les plus profondes à travers ces textes et interludes.

On pourrait dire bêtement que derrière une grande musique se cache un grand artiste.

Et bien, après près de dix écoutes de l’album, des larmes parfois séchées difficilement et une réflexion sur le monde qui nous entoure pleine d’optimisme finalement, on n’en pense pas moins.

Tim Dup fait de la grande musique, car c’est un grand artiste.

Les Immortelles de Tim Dup, album disponible partout – et à écouter de toute urgence.

[CLIP] Awir Leon est de retour avec « Stars », et ça nous rend fou de joie

Rares sont les artistes qui après les avoir écouté pendant tant d’années nous font toujours le même effet lorsqu’ils ressortent un nouveau titre, un nouveau clip, un nouvel album. C’est pourtant bel et bien le cas d’Awir Leon, un artiste à part entière qu’on a découvert assez par hasard… il y a plus de six ans. Danseur d’origine, ce dernier qui ose briser les codes, créer alors une musique qui n’appartient qu’à lui.
Au final, c’est peut-être simplement pour ces raisons, qu’on aime sa musique.

Fin 2022, Awir Leon était de retour sur les réseaux, teasant habillement un potentiel come back sur les devants de la scène. Cette dernière phrase étant à prendre au pied de la lettre, puisque c’est pour notre plus grand bonheur qu’il annonçait à la mi-décembre une série de concerts pour la nouvelle année.

Alors que nous l’avons surtout connu (et vu) du temps où il faisait partie de UNNO, trio qui sortait un magnifique album en 2017, Amaai, c’est aujourd’hui en solo qu’Awir Leon poursuit son ascension musicale, qu’il commençait en 2014, de manière autodidacte. Son nouveau clip Stars est disponible, et laisse envisager que de belles choses pour les mois à venir.

Awir Leon a ce qu’on peut presque appeler un don. En mélangeant soul, musique électronique et hip-hop, en incluant la danse dans ses clips, il arrive à nous faire apprécier chaque variation de sa musique, qu’il fait du bien d’écouter. Si nous n’hésitons pas à nous (re)faire sa discographie en boucle, on a en réalité qu’une hâte : le retrouver sur scène, là où l’admiration est décuplée.

Awir Leon sera en concert à La Boule Noire le 17 mars. Et on trépigne d’impatience.

[ALBUM] Tour-Maubourg sort « Spaces of Silence », et confirme sa place de digne héritier de jazz-house

Tour-Maubourg vient de sortir un nouvel album, Spaces of Silence. Le producteur franco-belge a su nous captiver avec sa musique tantôt jazz, tantôt house en 2020 alors qu’il sortait tout juste son premier album, Paradis Artificiels. Depuis, il nous est incapable de passer à côté de quelque nouveauté le concernant. Sortir un nouveau disque était donc probablement l’une des meilleures annonces de ce début d’année.

Spaces of Silence se trouve être un disque de presque une heure, composé à Bruxelles et regroupant 14 titres qui confirment une nouvelle fois que tout producteur de cette génération peut envier Tour-Maubourg. Au sein de ce dernier, nous retrouvons ce qui nous a tant fait aimer cet artiste, soit ce mélange de house combinée à des harmonies jazz, passant alors d’uptempo à du downtempo. Que ce soit seul (comme sur la grande majorité des titres) ou accompagné par Ismael Ndir, on s’est rapidement douté que ce disque allait être une réussite.

Spaces of Silence est un album assurément bien composé : introduction, interludes et conclusion. En écoutant ce disque, il est pratiquement inconcevable de déceler un quelconque titre mieux qu’un autre : c’est un ensemble qui s’apprécie dans sa totalité, un point c’est tout.

Si nous retrouvons des inspirations et influences d’autres artistes comme George Benson ou St. Germain, Tour-Maubourg garde néanmoins sa particularité la plus importante : bousculer les barrières.

Et alors que nous nous approchons de la fin de la première écoute, la gorge un peu nouée car oui, c’est passé bien trop vite, Grief vient apporter un dernier souffle à cette masterclass avant de laisser place au morceau qui constituera l’Outro, qui nous donne aussitôt l’envie de tout réécouter zéro.

Spaces of Silence est définitivement un grand voyage au sein d’un panel incommensurable de genres et de styles de musique. En offrant une proposition comme celle-ci, Tour-Maubourg confirme sa place de producteur important ET impactant de la scène de musique électronique actuelle.

Si lors du premier album (Paradis Artificiels) nous nous étions déjà pris une claque musicale, c’est d’autant plus le cas trois ans plus tard avec ce nouveau long format, qu’on ne peut s’empêcher d’écouter en boucle. Les titres coups de cœur ? Just Believe, Solaced et You (feat. Ismael Indir), car ils démontrent encore une fois le niveau d’éclectisme et le talent dont fait preuve le producteur.
Spaces of Silence est un vrai bijou de musique électronique, et on n’en attendait pas moins de la part de Tour-Maubourg.

[CLIP] Avec « Magique », Ehla tease son premier album : c’est un des hits du début d’année (et il nous tarde d’en découvrir plus)

En ayant l’oreille un brin attentive, on peut directement se dire que cette voix ne nous est pas inconnue, et que ce visage ne débarque pas seulement maintenant sous les projecteurs de l’industrie musicale.

En 2020 sortait le premier EP d’Ehla, Pas d’Ici, qui en maintenant trois ans a pu voyager dans les écouteurs du monde entier. Si Musicaléomentvotre se souvient personnellement très bien d’un titre en particulier, L’Antidote (à savoir celui qui ouvre ce disque), il se peut que d’autres d’entre nous connaissent aussi bien Pas d’Ici, qui cartonne dans la bande originale de la troisième saison d’Emily In Paris. Mais bon, ça c’était avant que la nouvelle année ne pointe le bout de son doigt.

Ehla est bien prête à faire de 2023 SON année : Magique, le premier extrait de son premier album, nous appartient désormais.

Magique annonce la couleur, annonce la nouvelle ère musicale dont s’imprègnera l’autrice, compositrice et interprète dans son premier long format. À travers ce titre et ce clip réalisé par Steven Norel, Ehla nous appelle à re-découvrir des rythmiques tout droit sorties des années 90, celles-ci reprenant les codes traditionnels du R’N’B pour les confondre assez minutieusement avec une pop, notre pop actuelle qui ne cesse d’être revisitée. Ici, Ehla chante le sentiment d’apesanteur et de coolitude si bien, qu’on pourrait presque se surprendre à écouter en boucle cette chanson.

Avec ce titre, Ehla annonce un retour intriguant et qui ne demande qu’à être découvert, écouté puis apprécié. Si Magique se dessine comme étant presque un des hits de ce début d’année, on se demande bien ce que cache ce futur album.

[CLIP] Désert Désir s’offre une reprise de « 7h du Matin » de Jacqueline Taïeb, et le clip qui va avec

Prenez les 70’s et 2023, des influences variant du disco à la funk, en passant par la pop et les classiques de la chanson française. Ajoutez-y quatre amis d’enfance et un désir de varier les plaisirs de la Musique avec un grand M. Vous tomberez alors forcément sur Désert Désir, un quatuor à l’allure décalée et captivante, mis sur pied il y a deux ans. Si leur look très old school et leur côté groovy sur les bords a su nous séduire, il nous tenait à cœur de parler de leur dernière sortie prodigieuse, même deux mois plus tard.

En novembre 2022, parmi la quantité astronomique de nouveaux titres, de nouveaux groupes et de nouveaux clips, Désert Désir a tout de même attiré notre attention avec un choix de cover particulier.

Armés de riffs de guitare, d’une batterie groovy et de gimmicks funky, Adrien, Erwan, Louis et Théo décident de s’attaquer à un classique de la chanson française, repris maintes fois et entendu absolument partout :

7h du matin, de Jacqueline Taïeb.

Re-interprétée de manière très solaire et électrique, Désert Désir laisse une nouvelle fois place à son énergie débordante pour livrer une version 2022 d’une des chansons les plus emblématiques du catalogue de Jacqueline Taïeb. En mêlant chanson et musique funk tout droit sortie des 70’s, le quatuor dont il faudra désormais retenir le nom affirme avec légèreté et virtuosité qu’il maitrise la musique pop actuelle, et que casser les codes traditionnels peut être bien plus à notre avantage que ce qu’on ne peut penser.

Réalisé par Erwan Guibert, le clip de cette version de 7h du matin met en scène les quatre membres du groupe, en adoptant une esthétique qui rappelle les années passées, tout en restant ultra moderne. Désert Désir est un shot d’énergie pur et élégant, frôlant la folie, qu’il fait bon d’écouter. Pour les découvrir sur scène, ça se passe le 22 février au Mazette (Paris).

[INTERVIEW] Nili Hadida, moitié du groupe Lilly Wood & The Prick, est de retour avec son EP, « Love Life Death Despair ». Rencontre avec une artiste engagée aux multiples casquettes

Certains la connaissent déjà grâce au groupe Lilly Wood & The Prick, fondé aux côtés de Benjamin Cotto. D'autres l'ont vu plus récemment en première partie des concerts d'Izia. Pour quelques-uns, son nom cache encore une grande part de mystère.  
Alors qu'elle écrit et compose sa musique depuis près d'une quinzaine d'années, qu'elle auto-produit et finance ses projets solos, Nili Hadida est de retour avec son nouvel EP, Love Life Death Despair. C'était l'occasion parfaite pour rencontrer cette artiste engagée et aux multiples casquettes.
Alors que les températures n'étaient pas au rendez-vous ces derniers jours, Nili a accepté de rencontrer Musicaléomentvotre, un thé à la main, pour parler de sa musique et de ses influences, mais aussi du Covid et de la place des femmes dans l'industrie musicale. 

C’est l’heure de l’interview.

Musicaléomentvotre : Salut Nili, comment tu vas ?
Nili Hadida : Ça va bien. Je suis en dry january et j’essaye de rester en forme car il y a beaucoup de concerts en janvier qui arrivent avec Izia. Je suis contente, j’aime bien travailler, alors en ce moment c’est cool.

M : Est-ce que tu peux donc te présenter pour ceux qui ne te connaissent (toujours) pas ?
N.H : Je m’appelle Nili Hadida, j’ai un groupe qui s’appelle Lilly Wood & The Prick depuis presque quinze ans et à côté de ça je fais mes projets, seule : j’auto-produis et finance pour être complètement libre. J’ai deux chiens et j’habite à la campagne.

M : Tu disais que ça faisait une quinzaine d’années que tu étais dans Lilly Wood & The Prick. Je pense que beaucoup de personnes te connaissent grâce au groupe. Est-ce que tu te souviens de vos premiers pas dans la musique ?
N.H : On avait 20 ans et on s’est rencontrés dans un bar [ndlr : avec Benjamin Cotto]. On avait tous les deux envie de faire de la musique alors on s’est échangé nos numéros et très vite on s’est mis à écrire. C’était très fluide, tout s’est fait rapidement, on n’a jamais galéré.
C’est marrant parce que ce que je n’ai pas vécu avec le groupe, je le vis en solo en recommençant depuis le début et je pense que c’est une bonne expérience. Nous, on a vite fait nos propres concerts et finalement je ne fais pas les choses dans le bon ordre, mais je les fait toutes. Avec Lilly Wood, on était en festival cet été, la tournée est finie et entre les albums je fais mes projets solos. Ça ne s’arrête jamais, j’aime bien être occupée.

M : Et justement, comment vous avez vécu ce gros succès immédiat ?
N.H : Ça nous est vraiment tombé dessus. On a eu une Victoire de La Musique en 2010 et c’était ouf ! C’était un premier album, on venait de commencer… et puis tout est allé super vite, on a fait plein de synchros avec des marques très cool, on jouait à guichet fermé. On est allé faire le troisième album au Mali et là-bas on a commencé à recevoir des coups de fil de potes qui nous disaient « Vous avez un remix qui passe à la radio » alors qu’on n’était pas au courant, et le truc a pris tout seul ! Je pense qu’on s’est rendu compte de tout ce qu’il s’est passé récemment. On a fait une pause de cinq ans et une fois qu’on s’est posés, on a fait le bilan de tout… je pense qu’on ne s’habitue jamais à avoir un aussi gros succès.

M : Pourtant en parallèle tu avais déjà tes projets solos. Tu sortais un album éponyme en 2018, que je me surprends à réécouter d’ailleurs. Tu disais que ça te paraissais « bizarre » de faire les choses un peu dans le désordre, de tout réapprendre… à quoi ressemble ton parcours ?
N.H : Pour le premier album je sortais de Lilly Wood et j’avais un peu la folie des grandeurs. J’écoutais beaucoup de soul et je me suis entourée de gens très forts dont j’appréciais le travail : j’ai dépensé une fortune, je suis partie à Miami le mixer avec Jimmy Douglas. L’album n’a pas beaucoup marché, mais je me suis fait plaisir.

M : C’était vraiment le kiffe de pouvoir tout faire un peu seule !
N.H : Oui ! Depuis la fin de Lilly Wood je me dis que j’ai envie d’explorer l’autre pan de ma culture musicale qui est le rock, que j’écoute tous les jours. D’ailleurs l’EP qui va sortir ressemble beaucoup aux toutes premières démos de Lilly Wood ; ça boucle la boucle !
Et puis je me suis dit, « essaye d’être dans une économie un peu plus humble, de voir ce que tu arrives à faire toute seule » : alors j’ai tout enregistré à la campagne avec un ami avec qui j’ai écrit l’EP, Love Life Death Despair. J’aime bien apprendre à travailler de différentes manières, et là c’est ce que je suis en train de faire ! Sur ce disque, je suis CEO de ma boîte et stagiaire en même temps, plus stagiaire en ce moment que CEO d’ailleurs *rires*.

: Et d’ailleurs, si on revient sur tes influences musicales, tu parlais de soul puis de rock, mais quels sont les artistes qui t’influencent et t’inspirent ?
N. H : Pour cet EP là, il y a un clin d’œil à BLUR et à leur chanson Boys and Girls sur mon clip 2022, qui est un hommage dans lequel on est que des femmes à jouer. C’est un peu un pied de nez au clip original et aux paroles. Il y a aussi un groupe de Los Angeles que j’adore qui s’appelle Automatic ou encore Los Bitchos… en fait, mes influences sont tirées du rock Californien, État où j’ai vécu quasiment toute mon adolescence.

M : D’où cette envie aussi de chanter en anglais ?
N. H : Disons que mes langues maternelles sont l’anglais et le français ; puis la musique que j’écoute est vraiment anglo-saxonne et je me sens plus à l’aise en anglais. D’ailleurs je suis assez frustrée car je sais que certaines personnes ne comprennent pas réellement les textes que j’écris. Avec Lilly Wood, quand on était aux Etats-Unis, en Californie ou en Angleterre, c’était super agréable de chanter devant un public qui comprenait ce que tu racontes !

: Tu as sortis deux premiers singles : 2022 et I Killed A Bird Today. C’est un peu la carte de visite de ce nouvel Love Life Death Despair
N. H : Ce que j’aime bien dans cet EP c’est que je suis un peu sortie de « l’adolescence » où tu parles de tes histoires d’amour uniquement… sur ce disque, je parle de pas mal de choses. 2022 est une rétrospective de l’année, de l’enfer que j’ai passé. I Killed A Bird Today raconte vraiment le jour où j’ai écrasé un oiseau en voiture à la campagne, ça m’a traumatisé. Après, oui, Song About X parle d’un garçon mais c’est un peu une allégorie dans laquelle je raconte que toutes mes histoires ressemblent à un grand jardin où les gens sont des fleurs…

M : Mettons les deux pieds dans le plat. 2022 était une année où on sortait encore doucement du Covid…
N.H : J’ai très mal vécu cette période. Quand tu es à la campagne, tu es déjà un peu confiné(e) ; j’habite au milieu des champs et je me sentais vraiment seule. J’avais l’impression que la vie ne redeviendrait jamais comme avant.

M : Mais là tu as pu faire des festivals, revenir sur les devants de la scène… c’est un peu un second souffle, non ?
N. H : Ah carrément ! Je me souviens qu’en commençant la tournée de Lilly Wood il y a 2 ans, il y avait encore des publics masqués… c’était lunaire.

M : Je me souviens avoir fait quelques concerts en étant assise, c’est un peu étrange… et je me dis que peut-être nous, simples spectateurs de la musique, on ne peut même pas bien se rendre compte de ce que vous, artistes, vous ressentez vraiment.
N. H : Tout avait été décalé ! La première semaine, j’avais l’impression que c’était la fin du monde ! La musique était tellement anecdotique par rapport à la catastrophe qu’on était en train de vivre. Je me suis même demandé si un jour il y aurait de nouveau de la place pour tout ce qui touche à la culture. Heureusement oui, mais c’était facile de dramatiser.

M : J’ai aussi vu que tu faisais les premières parties d’Izia ces derniers temps ?
N.H : C’est trop cool ! On est très copines et l’hiver dernier elle venait souvent à la campagne pour se reposer et je lui disais que je cherchais à faire une première partie car ce que je sais le mieux faire c’est être sur scène. Puis elle m’a répondu « Mais vient faire ma première partie ». Ouah.
On a une bonne partie de l’équipe technique en commun. J’ai l’impression que ma vie c’est un peu « Almost Famous », un film que je recommande et c’est dingue ! Être en tournée avec une copine c’est dingue, parce que la tournée c’est rude… il ne faut pas être sédentaire, et aimer l’aventure. Être avec Izia, ça adoucit le truc et c’est une opportunité qu’autrement je n’aurais peut-être eu, car je ne voyais pas quel tourneur aurait voulu signer un projet rock en anglais. Ça m’a filé un énorme coup de pouce, car c’est à travers la scène que le projet existe le mieux.

M : Justement, j’ai vu que tu t’étais entourée de beaucoup de femmes pour cet EP. Ça te tenait vraiment à cœur ?
N.H : C’était super important car ça fait quinze ans que je ne vie qu’avec des mecs, dans un bus et que malgré tout la mixité équilibre plein de choses. Là, la tournée est super ! J’ai un guitariste mais j’ai une régisseuse, une batteuse… ça change beaucoup de choses. Avec Lilly Wood on a fait un morceau qui s’appelle You Want My Money et j’ai réalisé le clip en étant entourée de femmes (cheffe électro, cheffe op…).

M : C’est une bonne vibe.
N.H : De toute façon, il y a moins de femmes dans le milieu. Donc plus tu en fais bosser, plus ça rééquilibre. Pour l’EP je me suis aussi entourée de nouvelles têtes, tu vois. Il y a des gens qui préfèrent travailler avec des gens qui ont déjà un gros CV, alors que moi je trouve que s’entourer de personnes jeunes c’est important. Je trouve ça bien de laisser sa chance à tout le monde.

M : On va donc pouvoir te retrouver sur scène en « girl power ». Tu nous tease la suite ?
N.H : Alors. Love Life Death Despair sort le 3 février mais avant ça je vais sortir un titre en duo avec Mélissa Laveaux qui est une super chanteuse, avec une live session qu’on a fait entre meufs. Je joue à La Boule Noire le 14 juin, je vais sortir un inédit entre tout ça… et voilà ! J’essaye avec mes petits moyens de faire des images sympas et de raconter des histoires cool.

M : Et mise à part tout ça, qu’est-ce qu’on pourrait te souhaiter pour la suite ?
N.H : Continuer à faire de la musique et des concerts. Et puis, peut-être être un peu moins anxieuse dans la vie, aussi.

M : Que demander de plus, au final !
N.H : Ah et bien pas grand-chose ! *rires*

M : Et je vais terminer avec une dernière question. Est-ce qu’en ce moment tu as un coup de cœur musical ?
N.H : De ouf. J’écoute un morceau de King Gizzard & The Lizard Wizard qui s’appelle The Dripping Tape et qui dure 18 minutes. C’est comme s’il y avait trois morceaux dans un seul morceau et la première minute est super lente et triste alors qu’après ça défonce les oreilles. Du coup, j’écoute la première minute en boucle *rires*. J’ai un ami qui m’a fait un track de 20 minutes avec seulement la première minute de ce morceau en boucle. Je suis très psychorigide et très monomaniaque, et donc j’ai des phases où je peux écouter qu’un bout de morceau en particulier, pendant mille ans… c’est mon obsession du moment.

M : Et tu recommandes donc ce morceau à tout le monde !
N.H : Ouais et c’est un groupe incroyable… qui va sortir cinq albums par ans, quoi.

M : Qui arrive à faire ça ?…
N.H : Et bien JUL !

Nili Hadida sera en première partie d’Izia le 20 janvier au Krakatoa (Bordeaux), le 21 janvier au Mem (Rennes).

Son nouvel EP Love Life Death Despair sera disponible le 3 février sur toutes les plateformes, et elle viendra nous le présenter en étant tête d’affiche à La Boule Noire le 14 juin.