[INTERVIEW] Rencontre avec Chloé Antoniotti : la pianiste mélancolique et autodidacte, devenue révélation scénique

Photos : @Lissyelle

Elle, c’est Chloé Antoniotti, pianiste autodidacte qui vient de sortir son troisième EP. A travers sa musique, elle nous fait voyager, mélange poésie et mélancolie ; elle n’a ni besoin de fioritures ni d’artifices. L’artiste originaire d’Aix-les-Bains sait comment raconter les histoires sans paroles, simplement avec son piano et ses synthés, tous deux au centre de son art. Découverte lors de son concert à La Maroquinerie en mai dernier, Chloé Antoniotti s’est clairement hissée au top de mes révélations l’an passé, et je n’ai qu’une hâte : la retrouver de nouveau sur scène.

Ca tombe bien, elle jouera le 8 avril à La Gaité Lyrique.

Vendredi 20 février sortait ‘Mana‘, un recueil de cinq morceaux aux titres intraduisibles et, c’est dans une salle pleine de canapées au sein de son label que nous nous sommes retrouvées pour échanger. On a parlé musique, influences et évolution, collaborations, Miyazaki et scénographie.

Rencontre avec Chloé Antoniotti.

MUSICALEOMENTVOTRE : Chloé, comment tu te sens en ce jour de sortie de l’EP, en ce beau vendredi ensoleillé?
CHLOE ANTONIOTTI : Il fait trop beau, c’est le début du printemps et je suis trop contente! Je l’ai attendue cette sortie et en même temps, c’est passé très vite. On y est déjà.

: Et puis il s’est passé plein de choses avec les concerts, l’Hyper Weekend Festival et toujours les vidéos que tu fais sur les réseaux. Est-ce que tu peux te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?
C.A : Et bien je m’appelle Chloé Antoniotti, je suis pianiste, claviériste, je fais du synthé. Ma foi, je ne sais pas exactement quel adjectif donner comme ça *rires*, mais en tout cas je dirais que je fais de la musique instrumentale un peu centrée autour de la nostalgie. Un mélange de joie et de tristesse.

: Tu as appris le piano en autodidacte, mais y’a-t-il des artistes qui t’ont fait te dire que tu voulais, toi aussi, faire de la musique?
C.A : J’avais des copines qui étaient au conservatoire au lycée. Enfin une spécialement, qui faisait du piano et tout ce qu’elle apprenait, j’avais envie de l’apprendre aussi. Je suis partie à Paris en me disant que j’allais faire de la musique de film : je me suis très vite mise à la composition mais au départ je n’ai pas trop conscientisé le fait que ça pouvait vraiment se faire, que c’était un vrai métier, je voyais plus ça comme une sorte de kiffe.

: Et puis finalement…
C.A : Finalement il s’avère que c’est un métier dont on peut vivre! *rires*

: Avant cet EP, ‘Mana’ qui vient de sortir, tu en as sorti deux autres, ‘Bouquet’ et ‘Bouquet II’. Peux-tu nous parler de ton processus de création? Quels changements as-tu remarqué au fur et à mesure de ces sorties?
C.A : Je pense que chaque EP a eu ses différences. Le premier s’est fait sur plusieurs années, certaines compos étaient très vieilles, d’autres moins. Le deuxième a été fait en un été comme ‘Mana’. Là, c’est la première fois que je travaille avec d’autres gens : Lucien Chatin à la batterie, qui est trop fort qui a arrangé des partie, Alexis Delong avec qui on est parti plus loin dans les textures des sons, dans la recherche. C’est la première fois que je déléguais un peu, que je travaillais avec quelqu’un là-dessus. Donc ces trois EPs ont chacun leur façon d’être et de naître différemment, même si tout part souvent du piano, avant que les synthés n’arrivent.

: Tu es passée d’un presque ‘piano solo’ à ajouter de la batterie et des percussions. Qu’est-ce qui t’a donné l’envie d’ajouter de nouveaux instruments?
C.A : J’ai toujours eu envie de faire ça mais au début je pensais qu’il fallait être très bonne productrice et que je n’avais pas les capacités. Les synthétiseurs par exemple, je les ai ajoutés pour ça : dans ma tête, ils remplaçaient des violons voire un orchestre, car en utilisant des plugins, ça ne rendait pas bien. Je me suis toujours dit que je voulais travailler avec un batteur un jour. Cet EP, c’est une sorte de porte que j’ai voulu ouvrir pour voir comment ça allait être reçu et maintenant, je me dis que c’est parti.

: Je trouve que ces nouveaux rythmes rendent ta musique encore plus planante… Pour avoir beaucoup écouté les premiers EP et les avoir découverts sur scène, c’est excellent de voir cet univers évoluer.
C.A : J’ai encore plein d’idées! J’aime le fait de ne pas presser les choses et de m’appliquer quand j’ai une idée, là, je vouais vraiment mettre à l’honneur la batterie. Vu comment ça marche, j’ai envie de tester d’autres choses maintenant et j’en suis impatiente, il y a tellement de choses possibles en fait.

: C’est d’autant plus génial car on est à une époque où justement, tu n’as pas à rester dans une case musicalement parlant.
C.A : C’est vraiment trop bien.

: ‘Mana’ a été composé à partir de mots. Ta musique fait beaucoup voyager, d’autant plus avec le titre des singles qui viennent du monde entier. Comment as-tu trouvé ces mots et comment as-tu fait pour les mettre en musique?
C.A : ‘Komorebi’ a été le déclencheur ; j’ai découvert ce mot et j’ai eu un coup de cœur. C’est la lumière du soleil qui traverse les feuilles d’un arbre et depuis que j’ai capté ça, en mai, je le vois et le cherche partout. J’ai commencé à m’informer sur d’autres mots intraduisibles, mais qui définissent des choses précises ; par exemple en inuit ils ont des mots pour la neige. Alors j’en ai trouvé des dizaines et des dizaines.

: Et pourquoi avoir sélectionné ceux-là?
C.A : En composant l’EP, certaines émotions se dégageaient des morceaux, je cherchais quel ressenti marchait le mieux. J’ai eu d’abord les mots puis les compositions et à la fin, tout se liait. Je me suis dit que c’était un thème que je voulais avoir dans sa globalité et mettre en valeur ces petits mots.

: Est-ce que tu voulais absolument que ceux-ci soient intraduisibles?
C.A : Les mots sont intraduisibles mais ils reflètent quand même des expressions, des sentiments etc… donc tout le monde peut s’y retrouver.

: Tout en gardant un peu de mystère!
C.A : Complètement. C’est un peu ce truc de ma musique, je pense qu’il y a des gens qui doivent l’écouter en ressentant des choses complètement différentes d’autres gens, vu qu’il n’y a pas d’histoire précise racontée. J’aime bien cette idée que les personnes qui m’écoutent puissent s’approprier ma musique. Là, c’est juste quelque chose qui est nommé et pourtant ces mots procurent des émotions… et il peut y en avoir plein!

: Ta musique est ultra moderne, bien que tu ne sois ‘qu’au piano’ à l’origine. Sur les réseaux, tu invites aussi beaucoup d’autres artistes comme Mezerg, Sam Sauvage, Zélie qui eux, chantent ou te rejoignent avec un autre instrument. Est-ce que tu t’imagines collaborer avec des artistes pour un futur projet?
C.A : J’aimerais trop faire des feats! Avant mon projet, je composais pour d’autres artistes : ils écrivaient des paroles et je composais donc c’est quelque chose qui me paraît très naturel et c’est sûr qu’un jour dans un de mes projets il y aura des collaborations… voire peut-être même un projet fait que de ça.

: En apportant par exemple des voix à ta musique?
C.A : Peut-être un jour, mais pas dans un futur proche. Je ne suis pas non-plus contre l’idée d’utiliser ma voix, pas en chant mais en instrument. Comme Hania Rani par exemple : elle chante beaucoup et je me dis ça peut être intéressant, mais c’est vrai que pour l’instant je me complais complètement d’instrumental.

: En sortant cet EP, la logique des choses veut que tu le joues en live (le 8 avril à La Gaité Lyrique). Je me souviens de ta Maroquinerie, la scénographie était sublime, presque inattendue dans une salle comme celle-ci. Avec qui et comment est-ce que tu prépares ces lives?
C.A : Le scénario c’est vraiment l’idée de Théo mon ingé lumière, qui a eu l’idée des miroirs l’année dernière. Il nous a permis de jouer avec ces derniers, notamment selon la lumière. Là, on regarde pour recréer quelque chose d’au moins aussi bien et donc on y réfléchit beaucoup. Amaury Belair, mon booker, est lui aussi très investi dans ces réflexions-là. Son avis est trop intéressant donc c’est un vrai travail d’équipe, pareil pour Astrid Canga qui est chez aussi W Spectacle. Il y a toujours des contraintes et des casse-têtes, donc on est une grosse team ; c’est une sorte de jeu qu’on s’amuse à faire tous ensemble et Théo est tellement créatif que je pense qu’il va nous surprendre pour la Gaité Lyrique.

: J’ai très hâte de découvrir tout ça. Tu es passée de ta chambre et de tes vidéos sur les réseaux à plein de scènes : La Maroquinerie, Le Trianon et récemment L’hyper-weekend Festival… qu’est-ce que ça t’a fait d’y être programmée?
C.A : C’est un bonheur, ça me paraît encore lunaire. Ça m’a fait bizarre de voir mon nom et mon prénom écrits sur une affiche de festival. C’est encore le début et j’ai surtout hâte de faire plein de concerts pour commencer à déstresser aussi. Je pense que petit à petit, ça va être de plus en plus un plaisir et beaucoup de liberté. En avril, j’aurais deux musiciens : un batteur et une bassiste. C’est nouveau et incroyable d’avoir des gens avec moi sur scène, je pense que ça a beaucoup changé ma façon de vivre le truc. J’ai adoré jouer à L’Hyperweek-end, je crois même que c’est le premier concert où pour une fois, je n’ai pas eu ce facteur de stress. Il y en avait bien sûr, mais j’ai vraiment adoré : c’était un stress positif.

: Tu me disais que ta musique est très cinématographique. Quels sont les artistes mêlant musique et cinéma qui ont pu t’influencer?
C.A : Joe Hisaishi est mon idole *rires*. Je suis aussi très fan de l’univers de Miyazaki, mais aussi de Michel Legrand, Ennio Morricone… ce sont des styles très différents mais qui ont tous en commun le fait qu’il y a une mélodie très assumée, qui prend beaucoup de place, chose qu’on voit moins maintenant. Ce que j’aime vraiment et ce que je rêve de faire, c’est vraiment des musiques qui ont un thème, comme dans les jeux vidéo et dans les films d’animation. Je rêve de faire une mélodie à la Zelda, à La Princesse Mononoké ou même Les Demoiselles de Rochefort, même si là, il y en a genre huit des thèmes *rires*.

: Et si tu étais amenée un jour à faire la musique d’un film ou d’un documentaire, tu aimerais explorer quel thème ?
C.A : Je pense que l’important est de faire le thème parfait pour le film en question, donc je n’aurais pas d’idéal mais je m’adapterais et à mon avis, en fonction de l’ambiance, du personnage… quelque chose se créera tout seul. Mais j’aime quand même beaucoup la nostalgie, c’est un peu mon émotion préférée et détestée à la fois.

: Ah oui? Pourquoi?
C.A : C’est une émotion que je ressens partout, tout le temps. J’ai l’impression d’être trop nostalgique pour ce monde, par le temps qui passe. C’est dramatique mais en même temps, être nostalgique de quelque chose veut dire qu’on l’a aimé très fort, qu’on a passé un bon moment. Je suis même nostalgique des choses du présent et de l’avenir *rires*, du coup j’aime beaucoup mettre en valeur cette émotion là. En tout cas en musique, c’est ce qui me touche le plus : la nostalgie.

: Ton EP n’a pas été composé à Paris. Est-ce que tu avais besoin de t’exiler pour pouvoir composer?
C.A : Absolument. J’ai vraiment du mal à écrire à Paris. Parfois, il y a un morceau qui va popper comme ça, mais quand je pars de la capitale avec mon matos… j’ai tellement plus d’inspiration. C’est un luxe de pouvoir composer ailleurs. La semaine dernière, je suis partie à Grenoble chez des copains qui habitent à la campagne : j’ai directement été inspirée. A Paris… c’est un peu plus compliqué. J’ai besoin de changer de lieu, d’être dans un nouvel environnement, de changer d’esprit et d’air, de voir de nouveaux paysages aussi ; ça apporte une énergie différente énergie.

: On le remarque aussi dans tes live sessions, avec ces paysages et ces étendues qu’on ne voit pas tous les jours… du moins à Paris. *rires* Comment avez-vous choisi ces lieux d’ailleurs?
C.A : Je viens d’Aix-les-Bains et ce sont vraiment les spots qu’on connaît, comme à la maison. Tous les ados viennent camper en été, allumer des feux de camp et faire du parapente. C’est fou d’avoir grandi là-bas, alors c’était hyper parlant. Je pense que c’est un peu un hasard que ça matche aussi bien avec ma musique… quoi que, c’est peut-être lié *rires*.

: Je ne connais pas du tout le coin mais…
C.A : Mais n’hésite pas à y aller *rires*.

: Est-ce qu’on peut te souhaiter quelque chose pour la suite?
C.A : Plein d’inspiration! Des voyages par-ci, par-là pour développer plein de nouvelles idées.

CHLOE ANTONIOTTI sera en concert à La Gaité Lyrique le 8 avril, il reste très peu de places encore disponibles. Alors n’hésite pas à te ruer sur la billetterie.


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