[INTERVIEW] Mais qui sont les deux frères de Terrenoire ?

Apparu au milieu de l’hiver 2018, Terrenoire c’est avant tout un village-lotissement à l’orée de Saint-Etienne d’où les frères Raphaël et Théo sont originaires.

Découverts sur la scène de l’EMB à Sannois à l’automne 2018 lors de la première partie du mythique groupe Feu! Chatterton, Musicaléomentvotre suit depuis ce jour Terrenoire de très près.

Aujourd’hui, ils ont accepté de répondre à quelques questions, pour notre plus grand plaisir.


  • Musicaléomentvotre : Bonjour, pourriez-vous vous présenter ? Qui êtes-vous, d’où venez-vous, et que faites-vous ?
Raphaël répond
Nous sommes Raphaël et Théo, frères de sang, on a monté le groupe Terrenoire ensemble.
On a choisi le nom du quartier où nous avons grandi, c’est à Saint-Etienne.
J’apporte principalement les textes et les débuts des chansons. Théo est lui, le producteur de notre musique. Le grand orchestrateur sonore.
Cela dit, dans le prochain disque, il y a une géniale chanson qu’il a fait seul. Il n’y a pas d’architecture fixe, on apporte des idées et on tente de voir si ça colle avec ce qu’on veut raconter, avec l’imaginaire du groupe.
  • Quel est votre rapport à la musique ? Quand est-ce que vous êtes tombés dedans ? 
La musique c’est une histoire de famille, notre oncle est musicien. J’ai longtemps fait de la musique avec lui, puis avec mon grand frère. Ensuite on a commencé à travailler avec Théo.
La dimension familiale, ça a toujours rendu la musique accessible, l’exemple de quelqu’un qui créer dans la chambre d’à côté, ça rend les choses possibles, d’avoir le mystère à portée de main, d’avoir les instruments qui attendent, d’avoir quelqu’un qui peut vous apprendre.
Il se transmet plein de choses entre les êtres, à travers la musique, c’est une manière de vivre, de se retirer du monde, de trouver une identité qui nous est propre.
  • Qu’est-ce qui vous inspire, vous influence ?
Je crois que pour créer, il faut être inspiré par quelque-chose qu’on veut reproduire. La musique, les films, les livres, les histoires d’amour, tout ce qui créer une vibration intéressante.
L’art rend accessible les émotions, par un langage ou un mode d’expression. Cette chose qui nous parvient, étrangement, elle vient nous renseigner sur quelque-chose qui était déjà là, en nous, mais comme endormie depuis toujours. Ce qui nous influence vient réveiller en nous ce qui était latent.
Au début, les premières créations sont des copies maladroites des influences, tout le jeu est de s’en affranchir, de détruire l’enveloppe, de ne conserver que l’émotion de l’œuvre, le langage caché à l’intérieur de cette énergie qui nous a plu.

  • Quel est votre parcours musical et artistique ?
En 2017, on a démarré par des tremplins, en envoyant nos quelques maquettes. On s’est retrouvés à être prix du Jury des Inrocks en 2018. La même année on a été Inouïs à Bourges, il y a des gens qui nous ont vu, des tourneurs et programmateurs.
Ça nous a permis de faire une grosse tournée en 2019, beaucoup de concerts, beaucoup de rencontres. C’était vraiment un des meilleurs moments de notre vie. On a hâte de pouvoir démarrer à jouer à nouveau.
  • Vous considérez-vous comme étant plutôt chanteurs, ou poètes des temps modernes ?
Je ne sais pas trop quoi faire du mot « poésie ».
La poésie, c’est une chose qui s’envole quand on l’appelle… Ça doit être pour ça que je n’aime pas trop ce mot. Je ne sais pas comment répondre… C’est peut être un mot qui est trop petit pour ce qu’il veut contenir.
Quand on appelle Poésie une oeuvre, c’est qu’on a déjà tué sa liberté en la découvrant de médailles.
Je pense que ceux qui vivent en poètes, sont ceux qui vivent sans pouvoir mettre de peau de protection entre eux et le monde.
Comme c’est impossible tout le temps, soit ils deviennent fous, soit ils vivent parmi nous en prétendant être normaux. Les poètes sont des clochards. La poésie, le reflet d’un monde plus vaste, inexistant. J’en sais rien…
  • Et d’ailleurs, comment est-ce que vous caractérisez votre musique ?
Notre musique est bien la notre quand elle est maladroite, d’un goût douteux ou resplendissante. Nous souhaitons affirmer une forme de singularité, une bizarrerie non-feinte.
Nous sommes à l’affut du somptueux et de ce qui est un peu boiteux dans la vie.
J’espère, qu’avec le temps, notre musique perdra toute coquetterie et de plus en plus ses attaches avec ce qui ne compte pas.
  • Quelle est la chanson qui vous tient le plus à cœur ? Et parmi celles que vous avez écrites ?
J’aime bien retrouver les chansons sur scène. Le seul endroit où je les entends, c’est quand elles sortent de ma bouche. Ça reviendrait à dire  « Est-ce que tu aimes t’entendre parler ? », ce à quoi je répondrais « Seulement si ça semble agréable pour mes interlocuteurs ».
J’aime les chansons que les gens aiment. Je juge en temps réel, à l’applaudimètre.

  • Quel(s) message(s) souhaitez-vous faire passer à travers vos chansons, mais également à travers vos clips ? 
Qu’il faut savoir se pencher sur ce qui est fragile, imparfait. Que la beauté est ce qui nous réunit et nous élève, qu’il faut la sauver. Qu’il faut chérir la vie et chérir la mort.
  • Comment arrivez-vous à faire en sorte que votre public arrive à se reconnaitre aussi bien dans vos textes, votre musique ? 
Nous avons l’impression d’être aux balbutiements de notre rencontre avec les gens.
Mais pour le peu que j’observe, je crois que les gens comprennent et apprécient que nous leur parlions sincèrement. Ils entendent, j’espère, que notre idéal se tient à côté d’une île de pureté, inatteignable évidemment. Sisyphe, la pierre, tout ça.

Dans « Baise-moi« , nous avons essayé d’enlever les caches, les fleurs et tous les détours qu’on utilise habituellement dans les chansons pour parler de sexe et d’amour. On a voulu parler des choses telles qu’elles sont, telles qu’on les ressent, et d’y aller au désherbant. »
  • Pouvez-vous nous parler de « Baise moi », votre dernier titre ? 
« Baise-moi » est le premier extrait de notre album. C’est un titre fulgurant, très court.
Il parle de sexe, de désir. Nous avons voulu faire en sorte de trouver de l’élégance dans une forme d’irrévérence, avec des mots crus. De pouvoir parler d’amour d’une autre manière.
  • Vos « Journal de bord » ressemblent à des interludes. Que souhaitez-vous raconter, partager à travers ces textes ?
Ce sont des photographies de là où nous en sommes, en effet. Ils nous permettent de partager avec les gens ce que nous créons d’une autre manière qu’avec les chansons.
Une voix off, des images que nous tournons.
Il s’agit de composer avec le réel, de ne pas vouloir le laisser tel quel. Nous cherchons en permanence à lui tordre le coup, à le rendre plus vivable. Ce sont des capsules qu’on laisse derrière nous, comme les pierres du Petit Poucet.
Nous verrons à la fin ce que nous avons traversé du haut de notre Paradis Noir.
  • Mon préféré est probablement celui sur « La Peur ». Qu’est-ce que La Peur chez un artiste ? Comment la surmonter, et l’utiliser pour créer ?
La peur, c’est le moteur. Pour qu’il y ait courage, il doit y avoir une force contraire, en l’occurence la peur. La peur est l’amie du courage, alors. Le courage est la vertu inaugurale et principale de l’amour. Ce n’est pas moi qui le dit c’est Vladimir Jankélévitch.
Il faut sans cesse cercler la peur, lui donner une forme pour pouvoir la transformer en énergie. L’image de l’Epouvantard chez J.K Rowling est excellente pour ça.

  • Vous êtes un duo qui voit sa communauté grandir, notamment grâce à internet. Pensez-vous qu’il est important d’être présent sur les réseaux sociaux pour toucher un plus large public ?
Oui, nous commençons à avoir pas mal de gens qui nous suivent. Nous ne sommes quand même pas des influenceurs de l’Insta-game.
C’est important oui, parce que c’est un lien direct et privilégié avec chacune des personnes qui nous suivent. On essaye d’être assez présents.
Mais c’est difficile de ne pas donner trop d’importance à cet outil. Je pense que globalement, on passe trop de temps sur les réseaux.
Pour l’image, je ne crois pas que le live confiné, comme il en fleurit depuis quelques temps, puisse remplacer une seule seconde le concert. J’aspire à une vie où on pourrait se passer un peu plus des machines. Où on regagnerait un peu plus nos corps, le mouvement véritable.
  • Et qu’en est-il du streaming ? 
Le streaming est l’océan de la musique du monde, elle associe physiquement la production phonographique avec l’ordinateur ou nos téléphones. La musique est désormais, pour la plupart des gens, un produit dématérialisé. Elle n’est plus trop liée à la matière humaine qui l’a créé.
J’aime plein de chansons, dont je ne connais pas vraiment le nom de l’artiste, je ne connais pas son apparence, son histoire, le reste de son travail. Je m’y intéresse quand quelque-chose me tape vraiment dans l’oreille.
Cette paresse qui emmène le produit artistique jusqu’à la bouche des gens, Netflix, Youtube, toutes les plateformes, nous permettent de tout découvrir pour le curieux, pour le passionné.
Mais bien souvent, on mange ce qu’on nous met dans la bouche. C’est une image un peu dystopique qui me dérange. Mais soyons sérieux. Je suis, comme plein de gens, responsable de ma manière de consommer de la musique et des films ; il m’est possible d’utiliser ces outils à meilleur escient.
Ça ne m’empêche pas d’avoir peur d’un certain conformisme culturel, que la paresse des curiosités soit grandissante.
  • Quelle est la prochaine étape ? Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour le futur ? 
On peut se souhaiter un regain d’espoir, de rester proche de la beauté, d’entendre la fragilité, de la laisser s’exprimer librement. De réussir la sortie de notre album. Que les gens entendent la vérité qu’on a mis à l’intérieur.
Souhaitons nous tous le retour du spectacle vivant, de toutes sortes et de toutes formes. Que la paroles des plus fragiles, des opprimés, des minorités, se fasse plus fortes.
Que les gens s’arment d’intelligence, que nous nous intéressions autant à la solidarité qu’au profit, qu’on se laisse la chance de changer, individuellement et à plus grande échelle.

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Un grand merci à Terrenoire pour leurs réponses.

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